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Bhool Bhulaiyaa et les troubles dissociatifs (de l’identité)

Cet article est le 14 de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science

Retour de la série Les monstres à la lumière de la science, à l’occasion de la sortie du film Split de M. Night Shyamalan.

Le trouble dissociatif de l’identité (anciennement trouble de la personnalité multiple) est un ressort récurant dans la fiction, en particulier d’horreur. Par exemple, il est associé à L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson. Il est actuellement au cœur du film Split de M. Night Shyamalan. Dans Bhool Bhulaiyaa, il permet d’expliquer des attaques d’un supposé fantôme. Mais au-delà de cette vision fantasmée et caricaturale, qu’en est-il vraiment ?

Affiches de Bhool Bhulaiyaa et de l'original Manichitrathazhu
Bhool Bhulaiyaa (littéralement le labyrinthe) est un film en hindi qui est un remake d’un film en malayalam (langue du sud de l’Inde, de l’état du Kerala) sorti en 1993, Manichitrathazhu. Ce film original a été refait dans différentes langues indiennes dans les années 2000. Bhool Bhulaiyaa étant le dernier remake qui date de 2007. Si je parle du remake plutôt que de l’original, c’est parce que ce dernier un peu difficile à voir pour un public occidental et à mal vieilli. Il est également plus difficile à trouver. Néanmoins si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à le voir.

La dissociation est un état où l’intégration des expériences au soi ne se fait pas comme habituellement. Il en résulte une discontinuité dans la conscience de soi. Ainsi la personne dissocie sa conscience de sa mémoire, de ses pensées et/ou de ses émotions passées. Ce type de dissociation peut arriver à tout le monde. C’est par exemple lorsqu’on se retrouve à un endroit sans savoir comment on est arrivé là. Ou lorsqu’on a l’impression de s’observer de l’extérieur de son corps… Les dissociations se trouvent sur un continuum où les plus légères sont la rêverie et les états de consciences modifiées. Si ces dissociations ponctuelles sont normale et sans conséquence, les troubles dissociatifs sont diagnostiqués lorsque les dissociations sont importantes et répétées.

Le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) sépare les troubles dissociatifs en quatre catégories. L’amnésie dissociative est l’incapacité à accéder à certains souvenirs sans la présence d’autres troubles de la mémoire. Les souvenirs sont souvent fortement chargés émotionnellement et peuvent être retrouvés après un traitement. Une forme à part de d’amnésie dissociative est la fugue dissociative. Dans ce cas l’amnésie touche l’identité personnelle. La personne ne se souvient alors plus de son passé et peut adopter une nouvelle personnalité. Les troubles de la dépersonnalisation est la sensation persistante d’observer de l’extérieur son corps ou son esprit.

Vidya Balan dans le rôle d’Avni

Enfin le plus connu est le trouble dissociatif de l’identité, anciennement appelé trouble de la personnalité multiple. Il est souvent considérer comme le cas le plus extrême et fantasmé par les fictions. Il s’agit de personnes avec au moins deux personnalités différentes qui prennent le contrôle du comportement. La personne ne se souviendra alors pas des actions qu’elle a effectuées lorsqu’une autre personnalité avait le contrôle. Chaque personnalité a ses propres traits comme son genre, son âge. Elle aura des postures propres et différentes des autres personnalités… Le temps pour passer d’une personnalité à une autre peut-être très variable. Il peut être de quelques secondes à quelques jours.

Si les causes des troubles dissociatifs sont mal connues, il est fortement admis qu’ils apparaissent après un traumatisme. Ils seraient le résultat de la recherche du cerveau de se défendre face au traumatisme souvent répété (dans le cas de maltraitance, par exemple). Il existerait certaines prédispositions comme le fait de pouvoir être facilement hypnotisable, une tendance à fantasmer. Le trouble n’est pas forcement différenciable avec d’autres problèmes psychiatriques tel que la dépression, des troubles du sommeil, des troubles de l’anxiété… Tout cela rend le trouble difficile à diagnostiquer.

Akshay Kumar à gauche dans le rôle du psy

Le premier cas diagnostiqué de trouble dissociatif de l’identité remonte à 1646 et Paracelse. Mais c’est surtout au cours du XIXe siècle que le concept de dédoublement de personnalité apparait. Il rencontre un certain intérêt de même que l’hypnose. Mais le concept est mis à mal au début du XXe siècle. En effet, la dissociation est le cœur du travail d’un élève de Charcot et à la mort de ce dernier de nombreuses fraudes sont révélé dans ses cas. Au même moment, la description de la schizophrénie permet de modifier le diagnostic d’un certain nombre de malade. Le concept reste néanmoins dans les fictions. Le trouble dissociatif de l’identité revient sur le devant de la scène en 1974 avec le livre Sibyl de Flora Rheta Schreiber qui présente le cas de Sibyl Dorsett (de son vrai nom Shirley Ardell Mason) diagnostiquer par Cornelia B. Wilbur. Mais le cas est controversé et Wilbur est accusée d’avoir suggéré les multiples personnalités de Mason. Cela n’empêche pas une recrudescence des diagnostics alors que la maladie est considérée comme rare.

Bien que reconnu par le DSM depuis sa 3e version, le trouble dissociatif de l’identité reste très critiquer. Son histoire émaillé de fraude et émaillé de fraude, son absence chez l’enfant et le profil des malades (réagissant facilement aux suggestions sous hypnose) ne plaident pas en sa faveur. Néanmoins, le trouble dissociatif de l’identité est reconnu par une partie des spécialistes. Certains estiment que 1% à 3% de la population pourrait rentrer dans les critères de la maladie. Des praticiens et des malades militent pour la reconnaissance et l’étude de cette maladie. Enfin, aucun traitement n’existe pour guérir des dissociations, les malades ne pouvant qu’apprendre à vivre avec et à gérer la maladie.

Pour revenir au film, Bhool Bhulaiyaa oscille constamment entre humour et horreur, entre modernité rationnelle et tradition pieuse. Il réussit à toujours rester sur la ligne ne basculant jamais totalement d’un côté. Par exemple, le traitement de l’héroïne passe par une mise en scène d’un exorcisme orchestré par un brahman réputé complice. Le film prône ainsi un équilibre entre modernité et tradition pour l’Inde actuelle. L’un n’étant pas meilleur que l’autre mais différent. Ils peuvent même se compléter dans un monde complexe. C’est surtout ce point qui est spécifique à cette version. Personnellement, j’ai beaucoup aimé les scènes où les personnages sont surpris par ce qu’ils voient en pense qu’il s’agit du fantôme alors qu’une explication simple est donné de suite au spectateur. Le film repose sur l’énorme talent d’actrice de Vidya Balan et le ton badin du jeu d’Akshay Kumar.

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

Pour aller plus loin :

La fiche du site eSanté Canada
Le site de l’International Society for the Study of Trauma and Dissociation (en anglais) et ses ressources en français
La fiche Webmd (en anglais)
Un témoignage d’un proche de malade souffrant de trouble dissociatif de l’identité

 

Note perso


La note des lecteurs :
Pas encore de notation

 

Bhool Bhulaiyaa, 2007
Réalisé par Priyadarshan
Avec  Akshay Kumar, Vidya Balan, Ameesha Patel …
Nationalité Indienne
Durée 2h34

Comme souvent pour les films Bollywood, bande annonce et musique se confondent :

En bonus, la même scène clé et dansé du film dans la version originale en malayalam, le remake en kannada, le remake en tamoul (qui reprend la même chanson que le remake précédent) et la version en hindi de Bollywood. Cette scène permet de voir les différences entre les versions et aussi d’apprécier des danses fortement inspiré d’une des danses classiques indienne le Bharata natyam (dans la version hindi, le costume des danseurs s’apparente au costume de l’Odissi, une autre danse classique de l’Inde bien que la danse exécutée reste inspirer du Bharata natyam).

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