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Les Palmes de Monsieur Schultz et la course aux Nobel

Ce week-end a lieu la cérémonie de remise des Prix Nobel. En science, ils représentent la récompense suprême dans les disciplines qu’il récompense. Quoi de mieux de se plonger dans un film autour d’une découverte ayant valu un Prix Nobel au couple de scientifiques le plus connu de France. Adapté d’une pièce du même nom, Les Palmes de Monsieur Schultz présente la découverte de la radioactivité de l’uranium et la découverte du radium par le couple Curie. Mais il tire son nom du professeur Rodolphe Schutz, le directeur de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris qui ne rêve que d’une chose recevoir les palmes académiques. Si cette obsession peut sembler ridicule à lea spectateur.ice, les récompenses, en particulier les plus prestigieuses, ont un impact important dans le monde de la recherche.

Pour commencer, il est possible de voir les personnages masculins comme des formes de la Science. Ainsi Pierre Curie est la science pure qui cherche à comprendre le monde dans ce seul but et qu’aucune contrainte ne doit empêcher. Gustave Bémont qui travaille à Pierre Currie au début du film représente la science appliquée ou la recherche industrielle dont le but est de trouver une application lucrative aux connaissances scientifiques. Enfin Monsieur Schultz représente les institutions de recherche. De fait, sa recherche à obtenir les palmes et de la reconnaissance est similaire à la recherche de prestiges des institutions de recherche.
Cette recherche de prestige est importante pour permettre à ces institutions d’exister. En effet, C’est grâce à ce prestige que l’institution pourra faire des demandes de financements supplémentaires et recruter des chercheur.se.s reconnu.e.s (ce qui augmentera encore le prestige). De même ces denier.e.s seront probablement plus écouter par la communauté scientifique, en particulier sur des questions en débat dans leur discipline (voir en dehors). Le prestige a donc une valeur importante en Science. Il n’est donc pas étonnant que ce prestige soit recherché. C’est ce qui est nommé l’effet Mathieu qui veut que les scientifiques accordent plus de crédit à leur paire déjà reconnu ou provenant d’institution reconnue.
Cette recherche de prestige passe par des marqueurs reconnus par la communauté. Parmi ces marqueurs, il y a par exemple un article publié dans les journaux Nature, Science ou PNAS. Au-delà de la communauté scientifique, ce sont les Prix Nobel qui sont le marqueur ultime de prestige. Il est donc important de regarder de plus près ces derniers et leurs critères d’évaluations. Ici je ne m’intéresserais qu’aux Prix Nobel dit scientifique (Physique, Chimie et Médecine et physiologie).

Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire

Tout d’abord, il y a les champs de recherches qui sont récompensés. De fait, de nombreuses disciplines ne sont pas représentées comme les mathématiques. Les récompenses propres à cette discipline sont très régulièrement décrites comme les Prix Nobel des mathématiques surtout lors de discussion en dehors de la discipline. Pour la recherche en biologie, elle n’est récompensée que lorsqu’elle a une application en médecine humaine. Le souci de cette récompense partielle des sciences est de donner une vision biaisé de la recherche au grand public, en particulier à celleux qui ne s’intéresse à la science qu’à l’annonce des Nobels.
Ensuite, les règles des Prix Nobels limitent le nombre de personnes recevant le Prix Nobel d’une année à 3 par discipline. Dans le cas, très fréquent, d’un travail d’équipe, l’académie suédoise doit faire un choix dans les personnes qui sont récompensées. Cela renforce l’idée que la science se fait de façon solitaire et non de façon collégiale et dans une certaine continuité. Il en résulte des tensions et des rancunes entre scientifiques compréhensible vu l’impact d’un Prix Nobel sur une carrière.
Enfin, le choix des scientifiques récompensés est aussi régulièrement remis en question. La plupart sont occidentaux, des hommes et d’un certain âge (pour avoir un certain recul sur les découvertes). Renforçant également l’image d’une science faite par des vieux hommes blancs. Pourtant des listes alternatives en particulier de chercheuses ont circulé pour montrer à quel point ce biais n’est pas représentatif de la recherche scientifique mondiale.

Diplôme du Prix Nobel de physique de 1903 récompensant les époux Curie

Mais il serait faux de faire des Prix Nobel la cause du problème, c’est plutôt un de symptômes. De fait, l’importance du prestige dans le monde de la recherche récompense des comportements nuisible à la science sur le long terme. Certaines de ces dérives sont pointées du doigt aujourd’hui. Il y a poids de certaines revues comme Nature. Ces revues se retrouvent en position de prescripteur des recherches tendances (oui il y a des modes en science). Elles attirent ainsi l’attention sur des domaines qui par effet de ricochet recevront plus de financement. La récompense du prestige pousse également les scientifiques à avancer des dires spectaculaires et faire dire à leur recherche bien plus que ce qu’il est scientifiquement raisonnable de dire. Un certain nombre d’articles ont été retiré devant leur faiblesse mais pas avant d’avoir fait parler de leurs auteur.ice.s.
Un autre souci est que la communauté scientifique ne récompense pas des comportements nécessaire à son bon fonctionnement tel que le partage de tous les résultats dont les négatifs ainsi que de reproduire des expériences pour valider les découvertes. Or ces deux comportements sont chronophages et pas récompensés. De fait, peu de scientifiques, voir aucun, ne se lancent de ces travaux. L’absence de partage des résultats négatifs limite la vision globale d’une question, des voies à ne pas suivre. La reproductibilité est un élément très important en science. C’est la base de l’universalisme des savoirs obtenus par la méthode scientifique. Or reproduire une expérience demande du temps et apporte relativement peu de connaissances à la science.

Toutefois, ces problèmes sont de plus exposer au sein de la communauté scientifique. Des solutions sont proposées, comme des journaux dédiés aux résultats négatifs ainsi qu’une modification dans les évaluations des chercheur.se.s pour ainsi récompenser de bonnes pratiques. De façon générale, la communauté scientifique ne peut que gagner à remettre en question son fonctionnement mais un changement profond des pratiques est compliqué de par la taille actuelle de cette communauté.
En parlant de ce film et de Prix Nobel, il est impossible de ne pas parler de Marie Curie. Le 7 novembre dernier était son 150e anniversaire. Mais je reviendrais bientôt sur sa vie à l’occasion de la sortie d’un biopic sur elle.

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

Pour aller plus loin :

L’article d’origine sur l’Effet Mathieu
L’article sur l’Agence Science Presse sur 4 limites des Prix Nobel
Le billet d’humeur d’un scientifique dans The Gardiens How journals like Nature, Cell and Science are damaging science

Avis et note de Sciences au Cinéma :

Les Palmes de M. Shultz est une comédie qui écorne légèrement le mythe des époux Curie. C’est particulièrement le cas du personnage de Marie Curie qui apporte souvent l’humour à la situation. Néanmoins leur génie et leurs découvertes n’est pas éclipser par les moments de comédie. L’origine théâtrale de l’œuvre vaut au film d’avoir parfois un peu de mal à sortir du laboratoire des Curie mais donne au film un dynamisme certain. Et au de-là, le film reste très classique dans sa facture. Tout cela n’empêche pas de passer un excellent moment lors du visionnage et de réfléchir au monde de la recherche et aux relations humaines.



La note des lecteurs :
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Les palmes de monsieur Schultz, 1997
Réalisé par Claude Pinoteau
Avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Philippe Noiret …
Nationalité française
Durée 1h46

La bande annonce :

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