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Memento : c’est tout dans ta tête

Memento est un film particulier. Le film présente un montage singulier pour coller au mieux à son thème, la mémoire et au handicap dont souffre son personnage principal. En effet, Leonard est incapable de créer de nouveau souvenir depuis une agression. Il souffre d’amnésie antérétrograde. Il se souvient de tout ce qui s’est passé avant son agression mais il oublie tout au bout d’une vingtaine de minutes. Ce type d’amnésie existe belle est bien dans le monde réel et certains cas ne sont pas expliqués par un problème physique du cerveau (lésion ou malformation). Avant ces soucis de mémoire, Leonard travaillait pour une compagnie d’assurance et a enquêté sur le cas de Sammy qui souffre du même type d’amnésie. Dans ce cas, aucune raison physique n’a été découverte mais pourtant Sammy ne simulait pas son état. Un cas similaire a également été reporté récemment, un homme ne souvient de rien depuis qu’il a reçu un anesthésique chez son dentiste. Mais nous avons déjà parlé mémoire et nous pencherons plutôt sur ce que notre cerveau peut nous faire croire et ressentir surtout par rapport à notre santé.

“Of course it is happening inside your head, Harry, but why on earth should that mean that it is not real?”
(Bien sûr que ça se passe dans ta tête, Harry, mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n’est pas réel ? )
Harry Potter and the Deathly Hallows, JK Rowling

Dans notre vision de l’humain, nous avons tendance à séparer le mental du physique. Pourtant le cerveau est un organe comme les autres et il peut avoir ses défaillances. Si certaines zones de perception sont activées sans raison, nous avons alors des hallucinations. Le mal fonctionnement du cerveau peut entraîner des maladies qu’il est parfois possible de soigner (soit juste les symptômes soit également la cause). Mais le cerveau est également capable d’agir sur d’autres organes ou nos perceptions internes. Ainsi souvent le simple fait de prendre un médicament, qu’un médecin prescrive un traitement suffit pour qu’on aille mieux même si le médicament est sans effet. Ce phénomène est appelé effet placebo.

 Sammy et Leonard, où est la réalité © UFD
Sammy et Leonard, où est la réalité © UFD

Chaque personne réagit de façon différente à l’effet placebo. Il serait efficace chez environs 30% de la population mais dans les cas de migraines et de dépressions, il serait efficace à 60%-70%. Si ces résultats comprennent des guérisons spontanées (le corps s’est défendu) et de biais statistique, une part repose sur le fait d’être écouté par un médecin, de le percevoir comme compétant et de prendre quelque chose qui ressemble à un médicament. Si une base génétique explique une partie de ces différences, elle est loin d’expliquer totalement ce phénomène. L’effet placebo reposerait sur le circuit dopaminergique. Ce circuit est lié au circuit de la récompense. Ainsi le gène impliqué serait le gène COMT codant pour la Catéchol-O-méthyltransférase qui modifie la production de dopamine. Le cortex préfrontal des personnes disposant des formes de ce gène favorisant l’effet placebo, semble produire 3 à 4 fois plus de dopamine que les autres. Or, le cortex préfrontal est la zone du cerveau associée à la cognition, à l’expression de la personnalité, à la prise de décision et au comportement social. Elle confirme aussi l’influence de l’environnement médical et clinique (incluant la relation médecin-patient) dans les soins pour les patients sensibles à l’effet placebo.
Une explication évolutive a été présentée par Nicholas Humphrey. La plupart des symptômes courant de maladie telle que la fièvre, les douleurs et le mal-être permet d’aider le corps à répondre à l’infection mais ils sont coûteux au corps. Il est alors bien moins coûteux pour le corps (via le cerveau) d’anticiper l’effet du traitement et de diminuer les symptômes avant les effets de celui-ci. Plus le cerveau s’attend à un effet, plus effet placebo sera important Par exemple le coût d’un médicament agit sur l’efficacité du médicament, ainsi un placebo cher qui est présenté comme un médicament de grande marque sera plus efficace que le même placebo peu cher.

A l’opposé de l’effet placebo, il existe un effet qui au lieu d’améliorer l’état d’une personne, la rende malade. Il s’agit de l’effet nocebo. Si l’effet placebo semble connu de longue date, l’effet nocebo a été découvert bien plus récemment. Il a été découvert en administrant un placebo neutre et en indiquant d’éventuel effet secondaire. Environ 30% des personnes développait un effet secondaire décrit. Dans ce cas, la production de dopamine chutait (à l’inverse de ce qui est observé dans le cas de l’effet placebo). Cette découverte remet en cause la présence de la liste des effets secondaires sur la notice d’un médicament puisque cela induirait un effet nocebo. Néanmoins, il semble tout de même important, pour un choix éclairé de patient, de connaitre les effets secondaires qui peuvent être très réel, voire dangereux. En plus cet effet est contagieux, le fait d’entre des récits ou même simplement de voir des personnes souffrir suffit à déclencher cet effet.

L’effet nocebo expliquerait les nombreux cas d’électrosensibles. En effet, aucune étude ne démontre la capacité des personnes qui se disent électrosensible à détecter un champ électromagnétique lorsqu’elles ignorent la présence de celui-ci. Elles réagissent néanmoins souvent quand elles croient être en présence d’un. Il est évident que ces personnes souffrent et ne simule pas les symptômes qu’elles ressentent. Cette théorie est supportée par le fait qu’il n’existe pas un tableau clair des symptômes des électrosensibles. Enfin une étude a démontré que le fait de voir un documentaire sur les dangers supposés des ondes induisait des réactions de malaise lorsqu’ils étaient ensuite mis en présence d’un émetteur supposé d’onde (routeur wifi non fonctionnel).
Une très bonne mise en image de ce phénomène se trouve dans la série Better Call Saul [1] où le frère du héros souffre d’électrosensibilité. Dans l’épisode 5 de la saison 1, une docteure fait la démonstration que lorsqu’il n’est pas conscient de la présence d’appareil électrique en marche, il ne souffre pas bien qu’un appareil soit allumé. La série sous-entend dans la suite que cette sensibilité viendrait du fait que le héros soit devenu avocat ce qui est mal pris par son frère.

Pour revenir au film Memento, il porte la patte de Nolan dans sa structure narrative complexe dont la clé se trouve à la fin du film tout en laissant un doute dans l’esprit du spectateur. J’avoue aimer ce type de narration. Néanmoins Memento est moins maitrisé qu’un film comme Inception et la présence de deux narrations, l’une dans un ordre ante-chronologique et une dans un ordre chronologique rendent le suivit de l’histoire difficile. Cependant, la narration permet de mieux appréhendé la perception du monde qu’a le héros et ce handicap de ne pas pouvoir se souvenir de choses importantes sans les noter.

[1] J’avais envisagé de me reposer sur cette série pour cet article mais je voulais également parler du film Memento. De plus je voulais vraiment appuyer sur le fait qu’il ne s’agit pas de simulation et ce point est bien mieux développer dans le film que dans la série. De plus cela nécessitait soit de révéler une partie de l’intrigue pour expliquer l’article (ce que j’aime modérément faire) soit centrer l’article sur l’électrosensibilité ce que je ne voulais pas faire. (Retour au texte)

Pour aller plus loin :

Le triptyque de vidéos sur les placebos par La tronche en biais, Le Physlab et Climen
L’article du site Allodocteur sur l’effet nocebo
Un article très complet sur les connaissances scientifiques actuelles sur l’électrosensibilité
L’article scientifique sur l’effet des médias sur l’électrosensibilité :
Witthöft M., Rubin GJ. (2013) Are media warnings about the adverse health effects of modern life self-fulfilling? An experimental study on idiopathic environmental intolerance attributed to electromagnetic fields (IEI-EMF). J Psychosom Res. Mar ; 74(3):206-12. doi : 10.1016/j.jpsychores.2012.12.002. Epub 2012 Dec 23.

Note perso


La note des lecteurs :
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Memento, 2000
Réalisé par Christopher Nolan
Avec Guy Pearce, Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano…
Nationalité américaine
Durée 1h56

La bande annonce en VOST

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