20 juillet 2015 Ln Arnal 0Comment
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Adapté d’un fait réel (et du récit de l’avocat), le film Le mystère von Bülow présente une affaire judiciaire qui a secoué les Etats-Unis dans les débuts des années 1980. La richissime Sunny von Bülow fait une overdose et reste dans un état végétatif. Ses enfants accusent son mari de l’avoir empoisonner à l’insuline tandis que ce dernier réfute et parle d’une tentative de suicide de sa femme qui surconsomme les médicaments. Après un premier jugement le reconnaissant coupable, il engage un professeur de droit pour casser ce jugement. Mais est-il possible qu’un médicament soit un poison et à l’inverse un poison comme un venin peut-il être un médicament ?

Une question de dose

Comme nous l’avons dit dans l’article sur les essais cliniques, tout médicament induit des effets potentiellement dangereux. Si l’insuline est vitale pour certains diabétiques, empêchant d’avoir une hyperglycémie qui peut entrainer un coma et divers problèmes à long terme, en trop grande dose, elle induit une chute de la glycémie donnant lieux à une hypoglycémie pouvant donner lieu à un malaise voir un coma. Il est d’ailleurs bien connu qu’une overdose médicamenteuse peut-être mortelle (environ un tiers des overdoses mortelles sont des overdoses de médicament).

Quand on réfléchit, il semble normal qu’un produit ayant un effet sur la biologie du corps puisse être mortel. Le corps repose sur un équilibre plus ou moins fragile. Ainsi si un produit accélère le cœur, alors il est possible que le cœur accélère trop et finisse par ne plus avoir un rythme normal. De même un produit ayant un effet inverse risque de trop ralentir le cœur et celui-ci peut s’arrêter. Mais souvent les dangers viennent d’effets non liés à l’usage principal de médicament. Le paracétamol, l’antidouleur le plus utilisé, est toxique pour le foie et peut entraîner divers problèmes en surconsommation. Il est donc toujours important de faire attention aux quantités de médicaments que l’on prend, en particuliers en cas d’automédication.

Le-Mystère-von-BülowLes venins, poisons très variés

Parmi la multitude de poisons qui existent dans la nature, nous nous intéresserons aux plus subtiles et complexes qui existent, les venins. Ces modes de défense ou de chasse sont apparus dans diverses branches des vivants et sont très divers. Certains sont très virulents agissant en quelques secondes sur les proies pour des venins de chasse tandis que des venins de défenses seront moins virulents pour être dissuasifs. La virulence dépendra également des espèces visées. Ainsi les cônes (escargot de mer) paralysent des petits poissons en quelques secondes mais peuvent être également mortel pour l’homme mais en au moins une demi-heure.

Ces venins sont issus d’une forte sélection. Ils doivent être les plus efficaces possibles mais aussi le plus simples possibles, la nature n’aime pas le gaspillage. Le plus souvent, c’est la forme d’une molécule qui est importante pour avoir un effet biologique. De façon générale cette action passe par une interaction entre deux protéines (longue chaine d’acide aminé replié d’une certaine façon). Il s’agit de reconnaissance et d’association de type clé-serrure. Ainsi une protéine/clé devra être reconnue et l’insérée dans une structure moléculaire dit serrure et induire une modification de la protéine/serrure. Si la clé n’a pas la bonne forme alors la serrure ne « bougera » pas. Mais il y a également des clés qui se bloquent dans la serrure empêchant la serrure d’être utilisée. La plupart des venins incorpore donc ces protéines qui bloqueront une serrure. Cela induira par exemple une paralysie ou une accélération cardiaque… La sélection favorisera alors des molécules qui bloqueront efficacement les serrures.

Mais la sélection poussera également à avoir des protéines les plus petites possibles, surtout si le venin est composé de plusieurs protéines. Comme la protéine doit uniquement entrer dans la serrure, c’est uniquement cette partie qui est conservée et toute suppression de partie inutile favorisée. Ainsi au lieu de longue chaîne protéinique, les venins sont composé de courtes chaînes d’une vingtaine d’acide aminé appelées peptides. Ces peptides nécessitent moins de ressources pour être produit. Néanmoins tous les venins ne sont pas uniquement composé de peptides mais aussi parfois de protéines complexes quand celle-ci doit activer une cascade de réactions.

Les venins, nouveaux médicaments ?

La recherche de nouveaux médicaments repose souvent sur la recherche d’une clé approchant de la clé normale soit pour activer la serrure soit pour désactiver la serrure (le plus souvent). Cette recherche s’apparente à rechercher une aiguille au milieu d’une botte de foins. Il faut déjà connaître les différentes serrures qui interviennent dans ce que l’on veut soigner (circuit de la douleur, maladie précise…). Ensuite il faut chercher des molécules ayant la bonne forme de clé pour une de ces serrures puis les tester pour voir leur action réelle. Dans le cas des venins, c’est un peu plus simple, les recherches commencent par devoir récolter en quantité suffisante des venins, en déterminer la composition : formules chimiques et formes tridimensionnelles. Une fois les divers peptides séparés, il suffit de les tester une à une pour voir l’action spécifique de chacune.

Ensuite, dans tous les cas, il s’en suit une longue période de tests pour voir les actions des molécules intéressantes sur des cellules puis des tissus avant de passer à des organismes vivants. Ces tests permettront d’élaborer le médicament final ainsi que son mode de fabrication. Il s’agit toujours d’une dizaine d’année de recherche et de développement mais, dans le cas des venins, on sait déjà que les peptides sont biologiquement actifs, reste à qu’ils apportent plus que les médicaments déjà existant (plus efficace ou avec moins d’effets secondaires). De grands programmes de recherches se penchent sur les venins dans le but de trouver de nouveaux médicaments. Ces programmes permettent également de mieux comprendre les fonctionnements biochimiques précis de voies biologiques méconnues. On recherche en particulier des antidouleurs car il n’existe pas de traitements efficaces et sans grand risque (surtout de dépendance) de la douleur chronique.

Ces recherches à partir de venins ont déjà permis de créer des médicaments. Par exemple, la botrocétine issue du venin de serpent est utilisée dans des maladies hématiques (du sang) en favorisant l’agrégation des plaquettes. Le premier médicament issus d’un venin d’une espèce d’escargot de mer (ou cône) est le Ziconotide qui est un antidouleur pour traiter les douleurs sévères et chronique (il doit être injecté directement dans le liquide céphalo-rachidien).

On ne connait toujours pas exactement les circonstances de l’overdose qui a conduit Sunny von Bülow à un état végétatif ni le médicament exact surdosé. Le film montre élégamment les deux hypothèses (injection d’insuline par son mari ou tentative de suicide de Sunny) à la fois à travers le récit judiciaire ce qu’a conclu le premier jugement puis l’appel mais également à travers le récit de Sunny comme voix narratrice que le récit de son mari apportant des éléments petit à petit. Si les deux récits semblent incompatibles, il est impossible de savoir qui ment et qui dit la vérité, laissant le spectateur seul juge. Contrairement à de nombreux films décrivant des procès, celui-ci ne parle pas de faire éclater la vérité ou la justice mais bien de droit. Le professeur, auteur du livre dont est tiré le film, ne veut pas connaître la vérité (qui est toujours partiale/partielle dans un récit) mais cherche à limiter les possibilités de justice personnelle rendue possible par le premier jugement. Sans être un film extraordinaire, Le mystère von Bülow se laisse suivre en nous demandant d’être attentif aux détails et aux mensonges des personnages.

Pour aller plus loin :

L’article de National Geographic
Le reportage d’Allodocteur
Le documentaire Venin et les documents supplémentaires sur le site de RSC production

 

Note perso

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La note des lecteurs :
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Le mystère von Bülow (Reversal of Fortune), 1990
Réalisé par Barbet Schroeder
Avec Glenn Close, Jeremy Irons, Annabella Sciorra …
Nationalité britannique, américaine et japonaise
Durée 1h50

La bande annonce en VO non sous-titrée :

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