31 juillet 2015 Ln Arnal 1Comment
Cet article est le 6 e de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Adaptation non officielle du roman de Dracula de Bram Stocker, Nosferatu le vampire est la plus ancienne mise en image du livre qui existe encore (un film hongrois ayant eu les droits d’adaptation a disparu). Sans les droits d’adaptation, le film diverge par moment (et en particuliers pour la fin) du livre. C’est donc une des premières apparitions du mythe du vampire au cinéma. Bref, dans ma série sur les vampires, il était indispensable que je vous parle de ce film. Il est aussi temps de passer aux maladies mentales (autres que des infections). En effet les psychiatres se sont aussi penchés sur le vampirisme.

Nosferatu s’apprêtant à boire le sang d'Ellen (c) MK2
Nosferatu s’apprêtant à boire le sang d’Ellen (c) MK2

Depuis longtemps des cas de personnes ayant des comportements atypiques ont été décrit sous le terme de vampires, en particuliers des tueurs en série. Mais on observe de très divers comportements qui ne sont pas en lien avec le mythe du vampire comme la nécrophilie, nécrophagie, cannibalisme, sadisme… En psychologie, le terme de vampirisme peut être également utilisé de façon métaphorique dans le cas de processus de manipulation utilisés par les agresseurs sexuels pour assujettir leurs proies. Mais de façon générale, les psychiatres ne parlent de vampirisme uniquement dans le cas de consommation de sang. Le vampirisme est alors synonyme d’hématophagie. Il peut s’agir de consommer son propre sang (auto-vampirisme), le sang d’animaux ou le sang d’autres humains.

Ce vampirisme, appelé vampirisme clinique, n’est souvent qu’un symptôme d’une maladie mentale autre. Il peut survenir lors de crise délirante en cas de schizophrénie. Il peut se présenter par une recherche d’automutilation ou d’agressivité. Le mythe du vampire peut être à l’origine de ce trouble ou non, cela dépendra de chaque cas. Rarement il peut survenir dans des cas de pathomimies (où la personne simule une maladie jusqu’à se rendre réellement malade).

Lorsque le vampirisme est associé à un plaisir sexuel, il s’agirait d’une forme particulière de fascination fétichiste. Le psychologue Richard Noll proposa de parler alors du syndrome de Renfield en 1992. Renfield est un personnage du roman Dracula qui consomme des animaux vivants dans l’espoir de se remplir de leur énergie vitale. Ce comportement serait lié au fait que Renfield est sous l’influence de Dracula. On retrouve ce personnage dans Nosferatu sous le nom de Knock, l’employeur du héros.

Ce syndrome toucherait majoritairement des hommes. Le plaisir de la consommation du sang viendrait du fait de briser le tabou de la consommation de sang. Noll propose une évolution de la maladie en quatre stades :

  1. Durant l’enfance, la personne découvre qu’il est excité en buvant du sang lors d’un accident où il se blesse.
  2. Il continuera à consommer son propre sang (auto-vampirisme) en recherche du plaisir que cela lui procure.
  3. Le malade passe alors à la consommation d’animaux (non-humain) pour boire leur sang (zoophagie). Cela peut passer par la consommation de viande crue.
  4. C’est le stade le plus avancé, la personne boit alors le sang d’autres humains. Il peut alors voler du sang dans les hôpitaux ou tuer d’autres humains. Cela expliquerait certains meurtriers en série.

Si la théorie de Noll connait un grand succès au près du publique, la communauté médicale est plus réservée. Noll ne repose son hypothèse que sur quelques cas extrêmes et parfois décrit au XIXe siècle où les observations n’étaient pas faite de la même manière. Le vampirisme est alors réduit à un symptôme lié à d’autres pathologies. D’autant que la fréquence du vampirisme est faible, mais elle pourrait être sous-estimée sous de formes mineures car seul les cas spectaculaires sont répertoriés.

D’ailleurs, il existe des communautés de vampyres (la différence orthographique est importante). Ces communautés font la différence entre eux vampyres mortels et les vampires du mythe et de la fiction. Au sein de ces communautés des consommations de sang peuvent exister entre un vampyre et un donneur. Il est important de noter que ces consommations se passent entre adultes consentants. Des pratiques sexuelles impliquant du vampirisme sur son partenaire ou de l’autovampirisme ont été observé et classé dans les paraphilies et sont considérés comme des pratiques particulières.

Pour revenir au film, il mérite d’être vu au titre de film culte comme premier vampire du cinéma mais également comme représentant du mouvement expressionnisme allemand. Pour le spectateur moderne, l’absence de parole (dans les versions actuelles) et le sur-jeu des acteurs peuvent rebuter mais sont typique de l’époque. La version colorisée de Nosferatu mérite d’être vue car les couleurs donnent des indications de temporalité (aube, crépuscule, jour ou nuit). Les divergences de l’histoire avec le roman permettent de surprendre quelque peu le spectateur connaissant déjà l’histoire du comte Dracula. Avec cet article nous quittons le champ médical autour du mythe du vampire. Dans le prochain article de la série, nous resterons avec une adaptation du roman de Bran Stoker.

Pour aller plus loin :

Les deux articles de psychoweb sur le vampirisme clinique et le syndrome de Renfield : caractéristiques psychopathologiques et exemples et discussions
Le film étant dans le domaine public américain, il est possible de visionner le film dans sa version anglaise.

Note perso

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La note des lecteurs :
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Nosferatu le vampire (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), 1922
Réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau
Avec Max Schreck, Greta Schroeder, Gustav von Wangenheim …
Nationalité allemande
Durée 1h34

La bande annonce de la version colorisée restaurée :

One thought on “Nosferatu le vampire, chez le psy

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