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Jurassic World et le rêve de la de-extintection

Cet article est le 11 de 11 dans la série Rêver du futur avec la Science-fiction

Jurassic World est entre un zoo et un parc d’attraction proposant aux visiteurs de voir des espèces dinosaures vivants malgré leur extinction il y a 65 millions d’année. A la fois suite et reboot de la saga Jurassic Park, le film fait une fois de plus revivre Raptors et autres T-Rex suite au caprice d’un milliardaire. Si on est loin dans la réalité d’une telle chose, certains se verraient bien refaire vivre des mammouths sur la Terre. Nous avons déjà vu une des techniques envisagées, posons-nous maintenant la question de s’il faut le faire.

 

Depuis au moins la sortie des romans Michael Crichton, le rêve de recréer des espèces disparues hante l’imaginaire humain. Il existe d’ailleurs plusieurs projets bien réels qui espèrent faire revivre des espèces disparues. Ainsi en 2009, un bouquetin des Pyrénées est né par clonage alors que sa sous-espèce est éteinte depuis 9 années. L’animal n’a vécu que quelques minutes dû à une malformation pulmonaire. Mais le projet le plus emblématique est le clonage de mammouth laineux. Très médiatique, ce projet nous est promis pour les années à venir et engage de nombreux chercheur.se.s de par le monde.

Au-delà de refaire vivre des animaux (emblématiques), les partisans de la de-extinction pensent que cela permettrait de stabiliser ou créer de nouveaux écosystèmes en apportant des fonctions n’existant pas ou plus dans un écosystème. Dans l’exemple du mammouth laineux, l’idée est que ce dernier pourrait contre balancer les effets du réchauffement climatique sur la toundra. Par exemple, la présence de mammouth pourrait rouvrir la toundra et la taïga en arrachant les buissons et en écrasant la neige sous leur pas. Cela permettrait la présence de plus d’herbe sur le permafrost et de contrebalancer la libération de gaz à effet de serre.

De plus, les études nécessaires avant de pouvoir cloner ou faire de l’ingénierie génétique peuvent permettre de trouver des gênes ou des variant génétiques utile à des espèces menacés par un changement (rapide) de l’environnement ou pouvant créer des individus capable remplir une certaine fonction. Pour revenir à l’exemple du mammouth laineux, on peut envisager de trouver les gènes liées à son adaptation au froid. Il pourrait être (théoriquement) possible de les insérer dans le génome d’éléphants d’Asie (proche cousin des mammouths laineux). Les individus ainsi obtenus pourraient avoir une apparence proche des mammouths et remplir la même fonction qu’ils occupaient.

Troupeau de Mammouth laineux marchant en file dans un paysage légèrement eneigée
Mammouths laineux à la fin du Pléistocène dans le nord de l’Espagne, par Mauricio Antón (CC BY SA Public Library of Science)

On touche ici un des soucis de la de-extinction. Est-ce que les individus obtenus par les diverses techniques sont des individus de l’espèce disparue ? D’une nouvelle espèce ? Quel que soit la technique utilisée, le nouvel individu n’aura qu’une partie du génome de l’espèce disparue. Au mieux, il aura l’intégralité du génome nucléaire d’un individu de l’espèce disparus au pire seulement quelques gènes. Sans parler que dans le cas d’animaux comme les mammifères avec une forte sociabilité, l’individu adoptera les comportements des individus qui l’élèveront. Peut-on alors réellement parler de de-extinction, ne vaudrait-il mieux pas parler d’animaux modifiés, d’une nouvelle variété… ?

De même, l’idée qu’en restaurant une espèce, on restaura une fonction dans un écosystème est loin de faire consensus. Certes, certaines espèces jouent un rôle/une fonction précise dans un écosystème et quand elles disparaissent, ce rôle n’est plus remplis et fragilise et/ou modifie plus ou moins fortement l’écosystème. Si le maintien de ces espèces est important, l’implantation d’une nouvelle espèce avec une fonction inexistante dans l’écosystème peut donner lieu à des changements imprévisibles. De plus rien n’assure que la nouvelle espèce soit bien adaptée à l’écosystème. Dans le cas des mammouths, l’ouverture de toundra ne rendra-t-elle pas certaines espèces de plantes en dangers ? Les nouveaux mammouths trouveront-ils tout ce dont ils ont besoins, comme nourriture, lieu de repos, lieu nécessaire à certains comportements ?

On peut également se demander la capacité à restaurer suffisamment d’individus avec assez de variabilité génétique pour avoir une population stable. C’est un des principaux soucis des espèces en voies de disparition. Et si cloner un seul mammouth est difficile, cloner un troupeau est ardu. En effet, il est extrêmement difficile d’obtenir un génome complet d’un individu. Il faut que ce dernier soit conservé dans des conditions particulières et que les prélèvements soit fait très précautionneusement. Et si on utilise les autres méthodes de de-extinction comme une sélection dirigée ou par ingénierie génétique, la question d’une réelle de-extinction se pose.

Discussion dans le laboratoire entre le chercheur et le financeur – Jurassic World : Photo B.D. Wong, Irrfan Khan – Copyright Universal Pictures

L’intérêt du public et des médias sur ces projets est important et limite quelque peu la visibilité d’autres projets de protection des espèces, écosystèmes ou de la variabilité génétique. Par exemple, les programmes de reproduction des animaux en zoo cherchent à maximaliser la variabilité génétique des espèces en dangers en favorisant les reproductions entre des individus le moins apparenté possible. De même, il existe des banques de graines qui permettent de conserver des individus (sous forme de graine) des différentes variétés d’une même espèce végétale. Ces projets visent une possible réintroduction dans le milieu naturel (ou de culture) de variabilité génétique nécessaire à la survie de l’espèce.

De même, cet intérêt se porte avant tout sur des espèces emblématiques telles que le mammouth laineux et parasite la réflexion sur le choix des espèces à recréer. Des espèces disparue il y a peu sont plus intéressante car le matériel génétique est plus simple à obtenir et mieux conserver. Leurs  intégrations à leurs milieux est mieux connus et plus simple car le milieu actuel est plus proche de leur milieu d’origine. Au contraire réimplanter une espèce disparue depuis longtemps dans un écosystème qui s’est adapté à cette disparition risque d’induire de grosses modifications du milieu. Mais ces espèces emblématiques sont plus marquantes pour l’imaginaire et donc les financements.

Enfin, l’introduction d’une espèce dans un écosystème est une chose toujours délicate dont le résultat est rarement prédictible. Cela se fait depuis un certain temps dans le cadre de luttes biologique (introduction de prédateur face à des nuisible). Dans un certain nombre de cas, ces introductions ont eu des effets négatifs pas prévus. Rien n’assure que l’introduction d’une espèce éteinte n’ait pas des effets non-prévus sur l’écosystème et soit finalement défavorable. Et que faire alors ? Est-il éthique alors de re-éteindre l’espèce, doit-on la conserver uniquement dans des zoos (et est-ce éthique) ?

 

Si la de-extinction semble possible dans un futur relativement proche, les questions que cette pratique soulève valent la peine d’être posées. Nous avons à peine effleuré les questions éthiques que pose également la de-extinction. Bref si les techniques nécessaires sont de plus en plus à notre portée, nous ne sommes pas si près que ça de voir un troupeau de mammouth parcourir la toundra. La saga Jurassic Park montre justement les questions que pose ce genre d’idées. Finalement à part notre propre amusement et émerveillement, à quoi serve les « dinosaures » (re)crés ?

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

Pour aller plus loin :

Le dossier de ControverScience
Le site de Revive & Restore
La série de conférences TED
Des articles critiques sur Nature Ecology & Evolution et PLoS en libre accès

Avis et note de Sciences au Cinéma :

Passons le décalage entre connaissance paléontologique et la représentation des dinosaures du film, le film repose uniquement sur la surenchère de spectaculaire. Il le dit lui-même, les dinosaures ce n’est plus suffisant pour attirer les spectateur.ice.s. Le souci est que le spectaculaire n’est pas le plus important dans un film. Il faut que l’on s’attache aux personnages que l’histoire tienne à peu près debout. Mais il n’y a rien de tout ça, les personnages sont tout juste des clichés prenant systématiquement la pire décision possible. Il faut dire que je n’arrive pas à comprendre comment, dans un monde où a eu lieu les trois premiers Jurassic Park, on pense que c’est une bonne idée de faire un zoo/parc d’attraction autour des dinosaures.



La note des lecteurs :
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Jurassic World, 2015

Réalisé par Colin Trevorrow
Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Nick Robinson …
Nationalité Américain
Durée 2h05

La bande annonce en VF

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