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Représentations et stéréotypes de genre en informatique

Cet article est le 12 de 12 dans la série Les sciences vues par les écrans

Alors que les femmes deviennent de plus en plus nombreuses dans les métiers dit STEM (Science, Technologie, Ingénierie, Médecine), l’informatique reste très masculine. Pire la proportion d’informaticiennes par rapport au nombre d’informaticiens à drastiquement depuis la fin des années 70. Une des principales raison de changement est liée à nos représentations de l’informatique et de celleux qui la font.

La figure du hacker, un stéréotype masculin

Issus de la science-fiction, le hacker geek est une figure populaire de l’informaticien. Dérivé du geek, il est principalement un homme associable passionné par l’informatique depuis qu’il est petit. Il est souvent laid et célibataire. Il a un côté génie dans sa maîtrise du monde informatique et/ou virtuel. Dans The IT Crowd, les personnages de Roy et de Moss reprennent ce stéréotype. Ils s’opposent (dans un premier temps) à Jen qui est une employée sociable faisant attention à son apparence et ne cherchant pas à comprendre l’informatique. De façon plus positive, on peut penser à Elliot de la série Mr Robot. Mais une partie importante du personnage repose sur son côté associable.
Si de prime abord ce stéréotype semble s’écarter de l’idéal de la masculinité de nos sociétés occidentales, il y revient tout de même. Premièrement le côté asocial est beaucoup mieux accepter chez les hommes que les femmes. En effet il est attendu de ces dernières de prendre soins et de faire attention aux autres. De même l’image du génie est plutôt connoté masculine, les femmes étant vues comme moins intelligentes.
S’il existe bien des hackeuses dans les fictions, elles reposent tout de même sur le même stéréotype que leurs confrères. Ainsi Lisbeth Salander dans la saga Milénium est asociale et présente une forte intelligence. De même dans Orphan Black, la clone hackeuse, MK, se cache derrière un masque et brouille les pistes pour la rencontrer. Cela fait autant écho au mythe du hackeur et de l’anonymous qu’à une nécessité dans le récit. Les deux personnages ont également un style vestimentaire marqué et peu associé à la féminité. Un contre-exemple est Felicity Smoak dans la série Arrow où le personnage rentre dans les stéréotypes de la féminité tout en étant une informaticienne brillante.

Stéréotype du passionné d’informatique – CC0

La programmation, un métier féminin à ses débuts

Au début de l’informatique, il n’y avait pas de différence véritable entre la machine (hardware) et le logiciel qu’elle exécute (software). La programmation se fait soit physiquement en connectant des éléments entre eux soit à travers des fiches perforées ce qui est vu comme un travail fastidieux à réaliser. De plus comme il n’existe pas alors de formations en informatique, ces emplois peuvent être occupés par des personnes avec une formation minimale en mathématiques ou en ingénierie. Ainsi de nombreuses calculatrices humaines se reconvertissent pour garder un emploi face à l’informatisation de leur travail.
Cela est très bien montré dans le film Les Figures de l’Ombre et le personnage de Dorothy Vaughan. En effet, elle comprend que la nouvelle machine va à terme effectuer le travail de son équipe. Elle décide alors de se former pour programmer et utiliser l’ordinateur et se rendre ainsi indispensable face à l’évolution inévitable du travail. De même, les premiers ordinateurs ont vite conquis le monde de la gestion dans les entreprises, des métiers relativement féminisés. Et de façon générale, l’informatique est vue comme un métier s’effectuant derrière un bureau et donc de tout à fait acceptable pour une femme.

L’exclusion des femmes

Or à partir du début des années 1980, le ratio d’étudiantes en informatique commence à chuter alors que peu à peu il augmente dans les autres disciplines scientifiques. Que s’est-il passé ? C’est à ce moment-là que les micro-ordinateurs sont apparus et ont commencé à arriver dans les foyers. Cela permet néanmoins à la figure du hacker de sortir du règne de l’imaginaire et du lointain pour se rapprocher à tout à chacun. Au début très rudimentaires et limités, les micro-ordinateurs ne permettent d’abord uniquement des programmations simples. Cette activité reposant sur la logique est rapproché des mathématiques, une discipline considérée comme masculine. Les garçons investissent cette nouvelle activité et des clubs se créent.
De fait cela éloigne les filles de façon symbolique et matérielle. Pour tous, l’image du métier d’informaticien se brouille avec celle du hacker. Les informaticien·ne·s s’y réfèrent pour valider leur statut professionnel tandis que la société imagine ceux-ci à travers cette image. De fait de l’éducation genré, la plupart des filles se sentent pas à leur place dans cet univers. Elles s’éloignent alors peu à peu de l’informatique et n’en deviennent que de simples utilisatrices. A l’opposé les garçons y sont favorisés via des clubs d’informatiques puis par l’émergence des jeux vidéo essentiellement marqueté comme masculins. La situation s’auto-alimentant avec des espaces dédiés à l’informatique qui véhicule (à travers leurs utilisateurs, leurs décorations…) une image masculine qui repousse les filles et comme il n’y a que peu de filles/femmes, ces espaces restent dans un imaginaire correspondant aux codes masculins.

Il est dommage à l’heure où tou·te·s utilisent les outils informatiques, le développement de ceux-ci reste essentiellement fait par des hommes. Comprendre pourquoi les femmes ont déserté (et continuent de déserter) cette discipline est important pour pouvoir mettre en place des actions pour les attirer. De même interroger les stéréotypes liés à l’informatique permet de créer des personnages s’en éloignant.

Source :

Collet, I. (2004). La disparition des filles dans les études d’informatique : les conséquences d’un changement de représentation. Carrefours de l’éducation, 17,(1), 42-56. doi:10.3917/cdle.017.0042.
Cheryan, S., Master, A., & Meltzoff, A. N. (2015). Cultural stereotypes as gatekeepers: Increasing girls’ interest in computer science and engineering by diversifying stereotypes. Frontiers in Psychology, 6,Article ID 49. doi:10.3389/fpsyg.2015.00049.

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