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Le maléfique financement privé de la recherche dans les films et les séries

Cet article est le 3 de 10 dans la série Les sciences vues par les écrans

Ces dernières décennies le monde de la recherche a énormément évolué et son développement demande des sommes toujours plus importantes pour payer les chercheurs et le matériel dont ils ont besoin. Les priorités gouvernementales changeant, les recherches reposent de plus en plus sur des financements privés. Ce financement ne va pas sans poser des questions sur les intentions des financeurs mais également sur les intérêts des chercheurs. Comment ces questions sont visibles dans les films et les séries représentant la recherche scientifique ?

affiche du film Contact
affiche du film Contact

Par commodité, je distinguerais deux types de recherches reposant sur un financement :

  • les recherches au sein d’entreprises privées et
  • le mécénat de la recherche publique/universitaire.

Commençons par la recherche dans les entreprises privées. Le plus souvent, il s’agit de grandes entreprises spécialisées dans la technologie de pointe, la biotechnologie ou pharmaceutique. Il est intéressant de noter que la plupart du temps, seuls les laboratoires de recherches et la direction nous soient présentés et le spectateur ne sait donc pas exactement ce que vend exactement l’entreprise.

Ce côté privé permet de cacher certaines informations aux personnages principaux pour amener un certain suspense utile au scénario. Comme exemple de ce type d’entreprise, il y a Massive Dynamics dans la série Fringe, Sadtech et Piron dans Continuum ou The Dyad Institute dans Orphan Black. Ces mystères donnent l’impression que les découvertes faites seront utilisé à mauvais escient car probablement plus rentable à plus court terme. Cette impression est souvent renforcée par une discussion entre le scientifique et le dirigeant autour du potentiel de la découverte et des recherches encore à faire. Cela donne alors l’impression que le fait de chercher à gagner de l’argent grâce à la science n’est pas positif.

La recherche privée permet également de mettre en scène des recherches éthiquement limites. Par exemple, The Dyad Institue dans Orphan Black fait des expériences génétiques sur des êtres humains dans le but de les améliorer. Ce type de recherche étant très controversé et assez couteuses, il est peu probable qu’elles aient lieu dans un établissement publique. Dans ce cas, l’amoralité des recherches est vue comme une recherche de la connaissance pour le scientifique mais comme une recherche profit sans se soucier des moyens.

Dans la série The Big Bang Theory, Bernadette est le seul personnage qui travaille dans un laboratoire privé. Elle est microbiologiste et à la suite de sa thèse, elle intègre une entreprise pharmaceutique. Son embauche donnera l’occasion de parler de la différence de salaire entre les chercheurs travaillant dans le public et ceux du privé (elle gagne nettement plus d’argent que les autres). Par la suite, on découvrira son travail uniquement à travers des petites phrases qu’elle sort régulièrement. La plupart du temps, il s’agit de décrire de nouveaux pathogènes particulièrement virulents. Ils sont pour elle une nouvelle ressource de revenue pour l’entreprise pour laquelle elle travaille. Le spectateur a alors l’impression que l’entreprise de Bernadette crée de nouvelles maladies qu’elle disperse ou imaginaire bien que ce ne soit jamais dit.

Leonard: You don’t go to into science for the money.
Bernadette: Speak for yourself. Last month my company both invented and cured restless eye syndrome. Ka-ching, ya blinky chumps!
The Big Bang Theory S07E18 The Mommy Observation
(traduction personnelle : Leonard: On ne fait de la science pour l’argent.
Bernadette : Parle pour toi. Le mois dernier, mon entreprise a, à la fois, inventé et guéri le syndrome des yeux sans repos. Ting ding)

Le deuxième type de financement privé de la recherche que l’on voit à travers les séries et surtout les films est le mécénat de chercheurs universitaires (ou d’institution publique). Le plus souvent, le scientifique est prié de se rendre à une soirée où il devra présenter ses recherches à de riches donateurs potentiels. Le scientifique sera assez maladroit et très mal alaise mais il aura néanmoins financement. Le mécénat se fait d’ailleurs au niveau du département voir de l’université mais rarement sur un sujet de recherche précis. On peut préciser deux cas où le financement de la recherche est menacé par le sujet d’étude : dans le film Dr Kinsey et la série Masters of Sex. Dans ces deux cas, la recherche sur la sexualité est mal vue et les mécènes ne veulent pas voir leurs noms associés à ce type de recherche. Dans tous les autres cas, le mécène ne demande pas de contrepartie.

The Big Bang Theory a un épisode dédié au mécénat des laboratoires universitaires, l’épisode 15 de la saison 4 : Le Facteur bienfaisant (The Benefactor Factor en V.O.). Dans cet épisode, Sheldon, Leonard et Raj doivent convaincre des mécènes de donner de l’argent pour le laboratoire de physique. Leonard reçoit même une promesse de don en l’échange d’un rapport sexuel. Si les trois comparses sont dépeints comme pas très doués pour cet exercice, la série va encore plus loin en comparant le mécénat (et la recherche de mécènes) à la prostitution. En allant plus loin, on pourrait y voir une corruption de la recherche publique et fondamentale par le besoin d’argent.

Dans le film Contact, l’héroïne doit trouver un financement mécène pour poursuivre le projet SETI de recherche de vie extraterrestre. Après de nombreux échecs, elle finit par être financé par le milliardaire Hadden. Elle sera soutenue tout le long de l’histoire par ce dernier mais à l’audition finale ce mécénat est mis en doute vis-à-vis des gains engrangés par l’entreprise Hadden. Mais du point vue du spectateur, on voit Hadden plus comme un bienfaiteur qui sait tirer profit de ses relations. Néanmoins un doute dans le côté philanthropique du mécénat de Hadden reste.

Face à la vision positiviste de la recherche fondamentale et universitaire (qui ont tendance à se confondre dans la fiction), la recherche privée et même le mécénat de la recherche universitaire sont vus comme impur et corrompant la recherche. S’il est normal de se poser des questions autour du financement de la recherche, cette dichotomie dans la fiction est préjudiciable à la recherche. En particuliers lors de controverse où si les scientifiques travaillent grâce à des financements privés, le résultat de leur recherche est vu comme forcément biaisé par des intérêts contraire (la vérité scientifique et les intérêts du financeur). Des biais liés à des opinions personnelles ou dans l’expérimentation sont par contre oubliés et pas questionnés par le grand public.

Cet article a été précédemment publié sur l’Agence Science Presse.

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