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Des scientifiques qui en savaient trop

Cet article est le 6 de 11 dans la série Les sciences vues par les écrans

Si ma courte expérience de la recherche scientifique m’a appris une chose, c’est que la recherche passe par de nombreux échecs : manipulations ratées ou ne donnant pas de résultats, résultats non concluant. Jeune étudiante que j’étais, ça m’a assez ébranlé. Pourtant je savais bien que la recherche scientifique nécessitait du temps, passait par des culs-de-sac et n’arrivait pas toujours aux résultats attendus. J’avais grandi en voyant mon père mathématicien râlé parce qu’il n’arrivait pas démontrer des résultats qu’il pensait juste. A l’opposé, les films et les séries TV nous montre des chercheurs et des techniciens réussissant à obtenir des résultats, comprenant très vite ce qu’ils observent. Et de plus en plus souvent, ces scientifiques ayant des connaissances qui semblent infinie m’exaspèrent tant ils sont éloignés de la réalité que je connais.

La différence entre l'archéologue au cinéma et dans la réalité (dessin par Benoît Leblanc)
La différence entre l’archéologue au cinéma et dans la réalité (dessin par Benoît Leblanc)

Avant d’aller plus loin et de demander du réalisme à la fiction, il est bon de faire le point sur les nécessités (et les choix qui en découle) en question de fiction et de divertissement :

Il faut reconnaître qu’on aime avoir des héros et des personnages exceptionnels. On voit ainsi des flics doués qui coincent toujours les coupables, des médecins qui trouvent toujours de quoi souffre leurs patients et les soignent (même s’ils ont une maladie incurable). La série Dr House en est le plus parfait exemple. Gregory House est décrit par divers personnage comme étant le meilleur médecin/diagnosticien qui existe. Ainsi le Dr Brennan (Bones) est présenté comme une des meilleures expertes mondiales dans son domaine de même que Dr Masters (Masters of Sex) ou Dr Alan Farragut (Helix). Il est donc normal que lorsque ces derniers sont des scientifiques (ou des médecins faisant de la recherche), ce soit de bons scientifiques voir des génies.

Il faut également reconnaître le rôle de divertissement des films et des séries TV et qui du coup se doivent de finir bien. Du coup les experts doivent forcement trouver le coupable à la fin de l’épisode. Le scientifique du film catastrophe doit donner la solution pour que les héros (dont il fait partie) survivent… S’il peut y avoir un peu d’erreur en cours de route pour ménager le suspense (et renforcer le côté exceptionnel du héros), à la fin le mystère est résolue. C’est particulièrement vrai dans les séries du type Les experts, Dr House, Bones… où il y a facilement trois fausses pistes avant d’avoir la solution dans les dix dernières minutes. Quand il s’agit de biopic, par définition, on ne s’intéresse uniquement à un chercheur qui a découvert quelque chose d’important. De plus, même si on voit quelques collègues, ils sont rarement très développés et travaillent sur d’autres questions.

Enfin, si la science n’est pas au centre de l’œuvre, le scientifique a un rôle dit d’exposition. Il est là pour amener des éléments pour comprendre l’histoire et permettre aux héros de trouver la solution (à la limite, il trouvera la solution mais ce sera au héros de la mettre en œuvre). C’est un rôle souvent nécessaire à la narration qui suppose d’amener une quantité suffisante d’informations. Il peut-être tenu par un mentor, un vieux sage… Le scientifique est un bon candidat pour expliquer des catastrophes, une invasion extra-terrestre… car il a une image d’expert. D’ailleurs dans la réalité, c’est à des chercheurs que l’on demande une explication devant ce genre de phénomènes.

Si tous ces choix s’expliquent d’un point de vu narratif et dans le but de distraire le spectateur, ils présentent un type de scientifiques assez éloignés de la réalité. Il s’agit du stéréotype de l’omni-scientifique. Il s’agit d’un scientifique qui présente des compétences et des connaissances dans tous les domaines. C’est d’autant plus frappant dans les séries du type Stargate-SG1 où le capitaine Carter est d’abord présenté comme une astro-physicienne mais se retrouve à étudier et analyser toutes les technologies aliènes qu’elle croisera dans la série. Elle comprend également rapidement comment ces technologies fonctionnent et sur quels principes physiques elles reposent. Et ce même si ces derniers sont encore qu’au stade de la théorie sur terre (la série a une assez bonne base scientifique). On est face à des scientifiques plus proches des intellectuels du XVIIIe siècle qui étaient à la pointe dans plusieurs domaines. Buffon est reconnu pour ses travaux en mathématiques et en biologie. Actuellement, les scientifiques ont des connaissances très pointues sur un sujet très limité (leurs sujets d’études).

On peut alors se demander ce qu’il en ait pour une série comme The Big Bang Theory où les personnages sont censés représenter des scientifiques ordinaires. Les recherches exactes des personnages sont rarement présentés précisément (on connait les domaines de recherche mais sans plus). Pour ceux travaillant dans des laboratoires, on ne voit jamais les autres chercheurs de leurs équipes. Amy est toujours seule dans son laboratoire ce qui assez rare dans les laboratoires en biologie (où j’ai le plus d’expérience). Enfin Sheldon et Leonard ont reçus plusieurs prix. Ils ont pu partir au pôle pour faire des expériences. Howard finit par être astronaute après avoir développé des objets pour la NASA. On est loin de ce que vivent la plupart des chercheurs. Amy et Bernadette sont plus proches de la réalité en ayant un rôle moins important dans la série.

Comme pour toute profession, les fictions présentent une version biaisée de la vie de chercheur. Cette vision du scientifique proche du génie peut intimider les jeunes se demandant quelle carrière envisager. Cela se retrouve dans un sondage récent où l’une des raisons invoquées est la quantité de chose à apprendre. Si effectivement le travail de chercheur demande de longues études, ce n’est pas plus que d’autres professions intellectuelles. Les doctorants sont des chercheurs à part entière. Les chercheurs se trouvent souvent assez bête. C’est inhérent au fait de chercher des réponses à des questions pour découvrir de nouvelles connaissances. Pourtant cet aspect de la recherche peut donner lieu à de bonnes histoires.

Cet article a été précédemment publié sur l’Agence Science Presse.

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