20 mai 2020 Ln Arnal 0Comment
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Ce blog a plus de 10 ans, et lors de la pandémie de grippe de 2009, j’avais écrit un article sur la grippe espagnole. En ces temps de pandémie, c’est l’occasion de lui offrir une version plus complète et à jour.

Le 4 août, un nouvel opus de la saga Twilight va sortir. L’occasion de se replonger (ou non) dans cette saga. Dans celle-ci, le vampire Carlisle a réuni autour de lui une famille choisie composé de vampires qui l’ont rejoint ou qu’il a lui-même créé. Le premier qu’il a transformé est Edward, le héro du film, alors qu’il était mourant de la grippe espagnole. Cette pandémie de grippe se retrouve régulièrement dans la fiction (de Downton Abbey à Twilight). Mais pourquoi parle-t-on de cette grippe après plus d’un siècle ? Qu’a-t-elle de particulière ? Que peut-elle nous apprendre aujourd’hui ?

Twilight © Summit Entertainment

La grippe saisonnière

Symptômes et prévention

La grippe est une maladie relativement commune qui revient tous les ans, en hivers dans les pays tempérés (dans les pays tropicaux, les épidémies sont plus aléatoires) Les symptômes sont bien connus mais ne lui sont pas spécifique. C’est pour cela qu’on parle de symptômes grippaux (fièvre, toux, maux de tête, courbatures…). Dans la plupart des cas, les malades guérissent en une semaine. Mais dans certains cas, la grippe peut être plus grave voire mortelle surtout pour les personnes âgées, les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceinte ou les personnes avec des maladies chroniques.

La transmission de la grippe se fait par l’expulsion de virion dans des gouttelettes expulsées lors d’une toux. Il est donc possible de limiter la transmission en éternuant dans le coude ou dans un mouchoir et en se lavant les mains régulièrement. Si possible, les malades devraient s’isoler pour également limiter les contacts avec d’autres personnes. Une autre méthode est la vaccination. Les populations à risque sont essentiellement visées par cette mesure mais aussi les professionnels de santé qui sont en contact à la fois des malades et à la fois de personnes vulnérables. Le but est alors de limiter le nombre de cas graves en limitant le nombre de cas chez les personnes vulnérables.

Virologie

La grippe n’est pas dû à un seul virus mais à 4 types de virus de A à D. Les types C et D sont assez rare. Le groupe B est composé de 2 sous-groupes : Yamagata et Victoria. Si les type B et C donnent lieux à des épidémies, les grandes épidémies sont quasiment uniquement dû aux virus du type A. Ce dernier est très varié et les sous-groupes sont caractérisés par la combinaison des variants de leur hémagglutinine (H1 à H18) et de leur neuraminidase (N1 à N11). On parle alors de grippe A HxNx.

Le virus de la grippe évolue très rapidement et les protéines de surface changent légèrement tous les ans. Du coup, le virus n’est plus reconnu par le système immunitaire. C’est pour cela qu’on peut avoir la grippe plusieurs fois dans sa vie et que le vaccin doit être refait chaque année. Pour avoir un vaccin prêt avant l’épidémie hivernale, les scientifiques essaient de prédire ces évolutions avec plus ou moins de succès. Le vaccin sera alors plus ou moins efficace.

Histoire de la grippe

On estime l’apparition de la grippe chez les oiseaux vers -6000 mais se serait transmise aux humains en Chine vers -2500 avec la domestication des canards. Les symptômes de la grippe ont été décrit au 5e siècle avant JC par les Grecs. Mais la grippe n’est pas différenciée d’autres maladies avec des symptômes similaires. Et les seules épidémies qui sont rapportés dans l’Histoire sont celles avec une surmortalité qui les rend notable par rapport aux épidémies annuelles. La première épidémie de grippe assez certaine date de 1580 mais des pandémies plus anciennes sont probables comme durant la Rome Antique. Depuis de grandes épidémies sont régulièrement enregistrées.

Le virus de la grippe est bien connu depuis 1932 et son isolation. Son évolution est depuis largement étudiée. Si le virus change légèrement d’une année sur l’autre, les grandes épidémies s’expliquent par un changement de sous-type de virus. On passe alors d’un virus reconnu partiellement d’une année sur l’autre à un virus très peu voire pas reconnu et donc plus virulent. Puis les années suivantes, il est de plus en plus reconnu et sa virulence diminue. L’apparition de ce nouveau type de virus provient du mélange de deux virus de grippe A circulants dans deux espèces différentes au sein d’un même individu. Ainsi depuis 100 ans, on est passé d’une grippe H1N1 (grippe espagnole) à une H2N2 (grippe asiatique de 1957-1958) à H3N2 (grippe de Hong Kong de 1968-1969) puis de nouveau H1N1 (grippe russe de 1977-1978 et grippe porcine de 2009). Si jusque-là, le nouveau variant prenait l’ascendant et faisait disparaitre le type précédant, ce n’est pas le cas des virus H1N1 apparu en 1977 et 2009 et depuis les types H1N1 et H3N2 circulent tous les hivers.

Les spécificités de la pandémie de 1918

Une pandémie moderne

Alors que la Première Guerre Mondiale se termine, une épidémie de grippe particulièrement virulente apparait. Les différents belligérants cherchent à cacher l’épidémie. Seule l’Espagne, pays neutre, parle ouvertement de l’épidémie et de sa mortalité. C’est l’origine du nom de grippe espagnole. Mais elle n’est pas originaire de ce pays. Entre la censure militaire et le fait que les virus de la grippe ne sont pas encore connus, il est complexe de retracer l’histoire exacte et les trajets du virus. Cela se fait sur la base des registres médicaux et sur les symptômes et la mortalité de la grippe. Il existe trois théories sur l’origine de la pandémie. La première est une origine chinoise avec des épidémies dans le nord de ce pays puis via l’arrivée d’ouvriers chinois en Europe. La seconde est une origine dans l’hôpital militaire d’Etaples en France dès la fin 1916. La troisième est une apparition dans le Kansas au début 1918.

Au-delà de la question de son origine, la pandémie apparaît à la fin de l’hivers 1918 et on observe une première vague épidémique et de mortalité au printemps. La seconde vague a lieu à l’automne 1918 et est la plus mortelle. Enfin, il y a une troisième vague en février-mars 1919. La maladie se repend dans le monde entier jusqu’en Alaska ou dans les îles du Pacifique d’habitude peu exposés dû fait de leur isolation. On estime qu’au final, un tiers de la population mondiale a été infecté par le virus. Cette propagation est très rapide pour l’époque. Par comparaison, la pandémie précédente de grippe de 1889 apparait au printemps de cette année, arrive en Europe et aux USA à la fin de l’année voir au début 1890. La seconde vague apparait qu’au printemps 1891 puis la troisième vague au début 1892. Cette différence s’explique par la guerre mondiale qui amène de gros déplacement de personnes à travers le monde ainsi que des regroupements importants au seins des camps et des hôpitaux militaires. Ainsi le virus passe rapidement entre les camps ou des camps vers les lieux civils.

Une mortalité atypique

Ce qui distingue la grippe espagnole des autres pandémies de grippe est la forte mortalité qui l’accompagne. Elle aurait fait entre 50 et 100 millions de mort. Elle est plus meurtrière que la Première Guerre Mondiale qui finit au moment de l’épidémie. Elle est également 20 à 100 fois plus mortelle que la pandémie précédente et la suivante.  En effet, on estime le taux de mortalité est de plus de 2,5% alors que les autres pandémies de grippes où il est inférieur à 0,1%. Si certains décès s’expliquent la malnutrition de certains malades dû fait de la guerre, la plupart sont dû à des pneumonies. Comme pour les autres grippes, certaines sont dû à des infections bactériennes secondaire qui profite de l’affaiblissement de la personne par la grippe. Mais la plupart des pneumonies serait dû à des chocs cytokiniques.

courbe de la mortalité en W (avant 5 ans, autour 25-35 et après 65) en compérason avec la courbe en U classique (pic avant 5 ans et après 65 ans)
Comparaison des taux de mortalité (pour 100 000 personnes) pour la grippe de 1918 (coure pleine) et la grippe sasonière entre 1911 et 1917 (site CDC)

Mais une autre particularité est la forte mortalité chez les 20 et 40 ans ce qui est atypique pour une grippe. Cette tranche d’âge représente 50% des décès. S’il est impossible de savoir exactement la cause de cette surmortalité, plusieurs hypothèses ont été proposé. Puisque les chocs cytokiniques seraient à l’origine d’une grande partie des morts, serait-ce parce que le système immunitaire serait plus réactif à cet âge ?

Mais, la mortalité dans cette tranche d’âge est en forme de pic autour des personnes de 28 ans. C’est juste l’écart avec la dernière grande pandémie de grippe, en 1889. Cette dernière serait dû à un virus de type H3 et aurait remplacer un virus du type H2. Et un virus de type H1 serait réapparu (sans grande épidémie) vers 1900. Il faut savoir que les type H1 et H2 font parti d’un même sous-groupe tandis que le type H3 fait partie d’un autre sous-groupe. Or le premier contact avec un virus de la grippe dans la petite enfance (le plus souvent dans la première année) est très important dans la reconnaissance des virus par les anticorps, indépendamment des rencontres suivantes si le virus a muté. De fait, les personnes qui sont nées entre 1889 et 1900, ont développé une forte immunité au type H2 mal adapté pour reconnaitre les virus de type H1. Ce type de problème a été observé plus récemment par exemple lors de la pandémie de 1968 (avec un virus de type H3) où justement les personnes nées avant 1900 avaient une mortalité plus faible que celles nées après.

Photo noir et blanc d'une famille de 6 personnes, toutes portant un masque blanc recouvrant leur nez et leur bouche
Portrait d’une famille dont tous les membres (même le chat) porte un masque (1918)

Tirer les leçons de cette pandémie

Amnésie collective

Malgré sa forte mortalité, la pandémie de 1918 a été complétement oublié de la mémoire collective pendant des dizaines années. Cela peut paraitre étonnant vu le nombre de mort et les traces dans les archives personnelles (photos, lettres, autobiographies). Une explication est la relative faible couverture médiatique (liée à la censure militaire). Une autre explication est la relative habitude des récits d’épidémies mortelles (comme de typhoïde, la fièvre jeune…). Il y a aussi la relative courte période des vagues de la pandémie, surtout la 2e (juste quelques mois). De même, le fait que la plupart des personnes infectés (une grande part de la population) se remet sans trop de problèmes. La maladie est loin d’être la plus mortelle de l’époque. Enfin, elle est perçue comme une part de la guerre, comme un combat de plus. Cela est renforcé par sa mortalité importante chez les jeunes adultes tout comme les combats des années précédentes.

Il faut noter que les autres pandémies de grippes du 20e siècle ont été également oubliés mais si elles ont été moins mortelles mais ayant tout de même perturbé la vie quotidienne (en particuliers celle de 1957).

Si la grippe espagnole est revenue sur le devant de la scène dans les années 1990 pour le grand public, elle n’a pas arrêté d’être étudiée. Après plusieurs tentatives, le virus a été séquencé en 2005 à partir de corps de malades décédés enterrés dans le permafrost. Cela a permis de mieux comprendre les raisons de la virulence du virus. Mais aussi mieux comprendre l’émergence de nouvelles formes de virus de la grippe et mieux les prévenir. On a pu voir en partie le résultat de cette recherche lors de la pandémie de grippe H1N1 de 2009 et sa gestion.

Un modèle pour les pandémies à venir

Avec à l’absence de traitement (les antiviraux et antibiotiques n’existaient pas encore) et aux manques de soignants (beaucoup étant au front), on teste ce qu’on nomme maintenant les gestes barrières (lavage fréquent des mains, port d’un masque) mais aussi les fermetures d’écoles et diverses interdictions pour limiter regroupements (interdictions des services religieux ou d’affluence dans les commerces, fermeture des lieux de divertissements publics). Contrairement à aujourd’hui, ces mesures sont prises localement ce qui permet de voir leur efficacité pour limiter la propagation de la maladie. Depuis ces mesures sont utilisées selon les besoins et la virulence des épidémies en complément du traitement des malades.

Si un virus aussi virulent est apparu, alors cela pourrait se reproduire. Pour limiter ce risque, les différents pays ont mis en place des procédures de surveillance de la grippe. Au niveau international, c’est l’OMS qui centralise cette surveillance. Outre les grippes humaines, les grippes porcines et aviaires (en particulier les grippes A H7N9 et H5N1) sont surveillées pour leurs potentiels virulence chez l’humain. C’est à partir de cette surveillance qu’il est possible de créer le vaccin de l’année avenir. C’est aussi ce qui a permis de contenir la pandémie de grippe de 2009.

Si la grippe espagnole nous sert actuellement dans notre réponse à la pandémie de Covid-19, elle n’est pas la seule. Et pour la pandémie actuelle, l’oublierons-nous comme la grippe espagnole ? Quels enseignements en tirerons-nous ? Seul l’avenir nous le dira.

Résumé :

La grippe espagnole est assez présente dans la pop culture comme dans Twilight. Cette pandémie est à la fois similaire aux autres pandémies de grippe et à la fois singulière. Cela est dû au virus lui-même mais aussi du contexte historique. En effet, la Première Guerre Mondiale a fortement favorisé la circulation des hommes dans le monde et à travers des espaces réduit favorisant la propagation rapide du virus. L’étude de cette pandémie et du virus responsable de celle-ci, nous en apprend plus les virus de la grippe et la gestion de pandémie comme l’efficacité des gestes barrières.

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

Bibliographie

Le site de l’OMS sur la grippe saisonnière
Le site du CDC sur la pandémie de grippe de 1918
Influenza: How the Flu Spreads and Evolves, cours en ligne : par Derek Gatherer, Lancaster University
Morrisey CR (1986). “The Influenza Epidemic of 1918”. Navy Medicine. 77 (3): 11–17.
Potter, C.. (2001), A history of influenza. Journal of Applied Microbiology, 91: 572-579. doi:10.1046/j.1365-2672.2001.01492.x
Taubenberger, J. K., & Morens, D. M. (2006). 1918 Influenza: the mother of all pandemics. Emerging infectious diseases, 12(1), 15–22. https://doi.org/10.3201/eid1201.050979
Worobey M., Cox J., Gill D., The origins of the great pandemic, Evolution, Medicine, and Public Health, Volume 2019, Issue 1, 2019, Pages 18–25, https://doi.org/10.1093/emph/eoz001

Avis

Le premier film de la saga Twilight est un peu complexe à juger. Je vais donc partager mon avis en 2 parties distingues, et selon ce qui vous parlera le plus, le film vous apparaitra réussi ou au contraire raté.
Je vais commencer par l’histoire, le point faible du film. Si la saga s’est prise une vague de critiques plus misogynes face aux jeunes lectrices/spectatrices de la saga, elle n’est pas exempte de problèmes. Le plus problématique est la relation entre Bella et Edward qui est loin d’être saine mais est romantisée. Pour allez plus loin, je vous propose cet article et ce thread qui explosent bien le souci. Au-delà de ça, l’histoire est assez classique et attendue.
Mais le point fort du film est sa réalisation. Tout d’abord, Catherine Hardwicke a l’habitude de filmer l’adolescence et elle fait ça très bien pour cette histoire dont le cœur est les premiers émois amoureux d’une adolescence. Elle rend également l’univers vivant avec de nombreuses actions en arrière-plan. Enfin, pour élément fantastiques, elle se repose beaucoup sur les effets mécaniques. Un très bon exemple de cette richesse de la réalisation est la scène de la partie de baseball.

Note perso

Twilight – Chapitre 1 : fascination (Twilight), 2008.
De Catherine Hardwicke
Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner…
Film américain
Durée 2h10

La bande annonce en VOSTF :

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