13 mai 2016 Ln Arnal 0Comment
Temps de lecture estimé : 7 minutes

Defender est le troisième film d’une trilogie de films Bollywood mais le seul sorti en DVD/Blu-ray en France. Malheureusement le film perd un peu (beaucoup) de sa saveur en version française, je vous conseille donc de le voir en version originale sous-titrée et intégrale de 2h26. Vous éviterez ainsi des voix françaises qui semblent un peu artificielle et vous aurez le résumé des deux premiers films de la trilogie ainsi que les chansons ce qui vous permettra de mieux comprendre les relations entre les personnages (et si vous arrivez à dénicher les deux premiers films, n’hésitez pas à les voir [1]). Le film raconte le combat du superhéros Blast/Krrish (son nom variant selon les versions) qui doit faire face à une épidémie mortelle qui se propage dans toute l’Inde et menace le monde. Le virus responsable a été créé par Kaal et rependu par son armée de mutants mi- humains mi- animaux. Si la science dans le film est très fictionnelle, il est intéressant de voir ces humains augmentés avec des capacités proches de celle d’espèces animales existante. La copie de la nature pour innover s’appelle le biomimétisme et c’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Le méchant devant sa dernière création Copyright Aanna Films
Le méchant devant sa dernière création Copyright Aanna Films

Le biomimetisme repose sur l’idée que la nature a déjà des solutions à grand nombre de problèmes auquel les êtres-vivants doivent faire face. Ainsi depuis l’apparition de la vie sur Terre, il y a 3,8 milliard d’année, les êtres-vivant ont été sélectionné sur leur aptitude à survivre et à se reproduire. Cette survie passe par une adaptation à leur milieu de vie et en une transformation des ressources à disposition. Par exemple, la moule doit s’accrocher sur un substrat (comme une pierre) pour ne pas être emporter par le courant au contraire de ses aliments. Cette « colle » doit être résistante à l’eau, assez forte pour résister aux mouvements de l’eau, doit éviter de pourrir… Ce qui est observé maintenant a été sélectionné aux cours des générations comme étant le plus résistant, le fort et le moins périssable sous la forme de filaments appelé byssus.

Pour exploiter cette aptitude, l’humain a plusieurs solutions. Il peut exploiter l’être-vivant en le domestiquant par exemple ou le chassant… Il peut récupérer la capacité intéressante pour la transférer dans une espèce domestique par croisement, greffage ou modification génétique. Enfin il peut copier la solution et tenté de créer une solution proche. Pour reprendre l’exemple du byssus, pendant longtemps, la grande nacre a été pêchée pour récupérer son byssus, maintenant elle est protégée et le byssus est récupéré en laissant le mollusque en place. Il a été aussi possible d’insérer l’ADN de moules dans des bactéries pour que ces dernières produisent la protéine à la base du byssus. Enfin des ingénieurs cherche a créé un byssus synthétique en créant un polymère se rapprochant du byssus naturel pour en avoir les capacités. C’est cette dernière démarche qui s’appelle du biomimetisme.

Mais le biomimetisme ne s’intéresse pas uniquement à des capacités particulière, il étudie également les interactions. Il s’intéresse aux écosystèmes et à leur résilience (résistance au changement) pour créer des cultures pérennes nécessitant moins d’intervention humaine et d’apport en produits phytosanitaires (engrais, désherbant, insecticide…). Le biomimetisme veut aussi copier les cycles de la matière pour limiter la production de déchet de notre société. Le biomimetisme est aussi beaucoup utilisé en robotique pour proposer des solutions simples à des solutions complexes comme la locomotion ou l’utilisation de captures pour interagir avec l’environnement extérieur.

Il existe de nombreux exemple de biomimetisme au cours de l’histoire de la technologie tel que l’ornithoptère de Léonard de Vinci qui copie le vol des oiseaux. Il existe des exemples récents et relativement bien connu de biomimetisme.

Feuilles de lotus sous la pluie qui reste en gouttes à leur surface
Feuilles de lotus sous la pluie qui reste en gouttes à leur surface (cc by ArchiKat)

Tout d’abord, il y a la feuille de lotus et les surfaces autonettoyante. Les feuilles de lotus sont très hydrophobes, c’est-à-dire qu’elles repoussent de l’eau. Ainsi, si une goutte d’eau tombe sur la feuille, elle restera en forme de boule à la surface, y glissera facilement et laissera la feuille sèche. Pour le lotus, cette caractéristique permet une protection efficace contre les algues et les champignons parasites mais également un nettoyage simple par l’écoulement de l’eau qui permet d’éliminer les poussières qui pourraient limiter la photosynthèse. Cette propriété vient de la structure microscopique de la surface de la feuille : des petits pics de 1 à 10 microns. Dans l’air, les molécules d’eau ont une attraction plus forte entre elles qu’avec les gaz présents dans l’air. Cela permet la formation de gouttes sphériques (pour minimiser la surface de contact avec l’air). Ainsi la structure en  pics de la feuille de lotus permet de toujours garder un manteau d’air entre les gouttes d’eau et la feuille, la goutte « reposant » sur les pics (comme une balle sur le bout des doigts) mais restant principalement en contact avec de l’air. En construisant des matériaux avec une structure de surface similaire, il est possible d’avoir des surfaces sur lesquelles l’eau et les autres fluides glissent facilement sans tâcher. Sous forme de peintures, cela permet d’avoir des bâtiments autonettoyants et de limiter l’usage de produits chimiques pour les nettoyer. De même le velcro copie les microscopiques crochets des graines de Bardane avec d’un côté des crochets en nylon qui s’accroche à des boucles de nylon également. Les graines utilisent ces crochets pour s’accrocher au pelage des animaux pour être disperser.

Dans la robotique, la nature est une source constante d’inspiration. Un des problèmes majeurs de la robotique est de construire des robots autonomes capables de déambuler dans un environnement naturel (et donc avec des obstacles et un sol non plat). La bipédie est une solution difficile à mette en place et demandant des ajustements constants pour maintenir l’équilibre. Une des solutions a été d’opter pour une démarche quadrupède comme les robots chiens développé pour l’armée américaine comme transport de matériel. Plus surprenant, un ingénieur allemand s’est inspiré de l’araignée flic flac et de sa démarche de fuite en faisant des sauts ressemblant au flip-flap des gymnastes. Le robot peut ainsi se déplacé sur des terrains glissants, sableux, rocailleux. Ce type de locomotion pour un robot est assez simple et stable ce qui est intéressant pour des robots d’explorations (sur Mars ou les fonds marins) ou devant se déplacer dans des milieux varié comme en agriculture.

Bio-inspired Big Dog quadruped robot is being developed as a mule that can traverse difficult terrain

Mais au-delà de la copie de la nature, le biomimetisme est passé en philosophie de recherche de solutions dans une optique de développement durable. Si effectivement la nature peut être une source d’inspiration, elle n’est pas forcément la seule ni n’apportera la meilleure solution à un problème particuliers. Le mouvement du biomimetisme a néanmoins des défauts. Le premier est une vision légèrement biaisé de l’évolution. Les tenant du biomimetisme voient l’évolution comme la recherche de la meilleure adaptation possible or c’est une vision relativement finaliste. Tout d’abord la sélection ne se fait pas toujours dans le même sens. Par exemple si on reprend l’histoire évolutive des mammifères marins. Comme tous les tétrapodes, leurs ancêtres vivant dans les océans avec des branchies puis leurs ancêtres ont quitté le milieu aquatique et ont acquis des poumons puis même des poils, des mamelles et une reproduction placentaire. Enfin ils sont « retournés » dans le milieu aquatique et si sont réadaptés (perte des poils, apnée prolongée, pâte en forme de nageoire, atrophie et perte des membres antérieurs…). Ensuite l’évolution via la sélection naturelle a filtré au cours des années les individus sur leurs capacités à se reproduire (et donc relativement indirectement à survivre). Si un individu ultra adapté apparaît mais est stérile ou a du mal à se reproduire (pas de partenaire par exemple) alors la sélection naturelle éliminera cette adaptation puisqu’elle ne passera pas à la génération suivante. De façon générale, un être vivant devra trouver une balance entre ses différentes dépenses énergétiques et de ressources. Cela favorisera une solution imparfaite mais à faible coût à une meilleure solution mais plus coûteuse en ressources. De façon générale la solution sélectionnée n’est pas la meilleure mais la moins pire.

La promesse du biomimetisme est de développer des solutions écologiquement soutenables. C’est une belle promesse mais elle est loin d’être forcément tenue. La science est loin de comprendre toutes les interactions dans les écosystèmes. Les scientifiques découvrent régulièrement de nouvelles interactions plus ou moins importantes. De même les scientifiques découvrent tous les jours de nouvelles espèces même dans des milieux que l’on pense bien connaître. De même les écosystèmes sont rarement des espaces totalement fermés. De plus encore une fois, c’est une vision biaisée de la nature comme un équilibre paisible alors que les individus sont en compétition les uns avec les autres et cherchent à utiliser le plus de ressources possible. De même les pathogènes et les parasites sont souvent minimisés. Aucunes espèces n’a pas de pathogènes et de parasite de même ils sont présents dans tous les écosystèmes. Or à écouter certains en copiant la nature, on se débarrasserait complétement d’eux. Enfin les écosystèmes sont vus comme en équilibre or rien n’est moins sûr, ils évoluent comme tout le vivant et se modifient selon les espèces qui les peuplent, de leurs interactions et l’évolution des conditions physiques.

Pour en revenir au film, Defender est un film d’action honnête. Les effets spéciaux ne sont pas parfaits mais sont tout à fait regardable (à quelques exceptions près). Si l’histoire et les pouvoirs des personnages ne sont pas très originaux pour un public des films occidentaux de super-héros, l’histoire et les relations entre les personnages le sont un peu plus. Il y a également un rapport à la mythologie hindoue (très claire en version originale puisque le héros s’appelle Krishna) très intéressant. Il y aussi des solutions visuelles intéressantes pour montrer la psyché du personnage caméléon. Au final, le film souffre plus d’une version française de pas très bonne qualité rendant les personnages plus niais que dans la version originale et le fait d’enlever le résumé des deux premiers films de la trilogie enlèvent des éléments important pour comprendre la complexité qui sous-tend l’intrigue.

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

[1] La trilogie montre bien l’évolution de l’industrie cinématographique indienne des dernières années. Koi… Mil Gaya (2003) est très indien, Krrish (2006) commence à s’internationaliser et Krrish 3 (2013) est adapté au marché international et en particulier occidental.retour au texte1

Pour aller plus loin :

La conférence TED de Janine Benyus qui est à l’origine du concept de biomimetisme (en anglais sous-titré en français)
L’audition d’Idriss Aberkane par le Conseil Economique, Social et Environnemental
Le dossier documentaire de la Cité des sciences et de l’industrie

Note perso


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La note des lecteurs :
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Defender (Krrish III), 2013
Réalisé par Rakesh Roshan
Avec Hrithik Roshan, Priyanka Chopra, Kangana Ranaut…
Nationalité Indienne
Durée 2h26 (ou 2h11 pour la version internationale)

La bande annonce en VF

La fiche Allociné Defender

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