27 février 2015 Ln Arnal 3Comment
Cet article est le 1 e de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Cet article marque la reprise de ma série d’article sur les vampires et autres monstres avec un regard scientifique. Tous les derniers vendredi du mois, il aura donc un article de cette série. Certains seront des reprises d’articles déjà publiés mais remis à jour et d’autres seront inédit. J’ai planifié des articles jusqu’à la fin d’octobre pour Halloween. Nous commencerons par les vampires et tout d’abord un aspect historique.

Le film La comtesse s’intéresse à la vie d’Elisabeth Báthory (1560-1614). Cette aristocrate hongroise aurait tuée des centaines de jeunes filles. La légende parle que la comtesse aurait pris des bains de sang de vierge dans le but de conserver sa jeunesse. De par son origine géographique et par le côté sanguinolent de la légende, elle est souvent associé au mythe du vampire à côté de Vlad Ţepeş (ou Vlad l’empaleur). Regardons de plus près ce mythe et les personnages historiques qui auraient pu inspirer certains conteurs.

Le mythe du vampire

Il existe des mythes de morts-vivants suceurs de sang dans de nombreuses cultures. Mais nous nous intéresserons ici qu’au vampire tel que nous l’imaginons communément actuellement. Il s’agit donc d’un mort-vivant se nourrissant de sang et tuant ces victimes en les vidant de leur sang, vivant la nuit, fuyant le soleil qui le brûle et craignant l’ail et les crucifix. On les tue en leur plantant un pied dans le cœur.
L’Europe centrale connait une frénésie vampirique au début du XVIIIe siècle à la faveur d’une épidémie de peste. L’empire autrichien envoie des émissaires enquêter autour de cas de vampires rapportés. De nombreux traités seront alors publiés popularisant le terme de vampire dans toute l’Europe, intéressant les intellectuels autour de cette croyance. A la fin du XVIIIe siècle, il ne fait plus de doute sur la non-existence des vampires dans les sphères éduquées européennes. Les écrivains s’empareront alors du mythe d’abord par les auteurs allemands puis reprit par les auteurs anglais et européens. Trois ouvrages sont marquant de cette littérature et fige la vision du vampire moderne : Le vampire de Polidori, Carmilla de Sheridan Le Fanu et enfin Dracula de Bran Stocker. Et c’est via les nombreuses adaptations de ce dernier que le vampire entrera au cinéma et restera une créature présente durant toute l’existence de ce média.
Mais revenons aux personnages historiques qui sont liés à ce mythe.

Vlad Ţepeş (1431-1476)

Il s’agit de la source d’inspiration du comte Dracula de Bran Stocker. Il est le fils de Vlad Dracul (le dragon car il était membre de l’Ordre du Dragon) prince de la Valachie qui est en guerre contre les Ottomans. Le jeune Vlad passera une partie de sa jeunesse comme otage en Turquie. Il prend ensuite le trône de Valachie. Il exécute alors ces ennemis et les condamnés par empalement qui est un mode d’exécution chez les Ottomans. Il s’allie au roi hongrois Matthias Corvin contre les Turcs mais le roi le trahit l’arrête. Vlad remontera sur le trône de la Valachie une dizaine d’année plus tard puis il mourra au combat en 1476. Sa tête est alors séparée de son corps et envoyé au Sultant comme preuve de sa mort.
VladOriginal
Le côté sanguinaire de Vlad a été mis en avant par Matthias Corvin pour expliquer son revirement d’alliance à l’encontre de Vlad. Le roi encourage alors les récits décrivant Vlad comme une brute ayant commis des crimes sanguinaires. Les marchants saxons de Transylvanie auraient présentés Vlad en vampire assoiffé de sang à cause de l’augmentation des frais de douanes à travers des libelles.

Erzsébet Báthory (1560-1614)

Ezsébet ou Elisabeth est issue d’une riche et influente famille de l’aristocratie hongroise. Dès sa jeunesse, elle souffre de maux de tête (peut-être de l’épilepsie dû à la consanguinité fréquente dans sa famille). Sa famille était également connue pour sa cruauté envers ses serviteurs. Son mari étant fréquemment absent pour combattre les Ottomans, elle gérait leurs terres et leurs châteaux. Elle avait également des amants et torturait déjà des servantes qu’elle attirait avec de bons salaires. Néanmoins, après la mort de son mari, elle fut encore plus cruelle et la rumeur liée aux servantes qui « disparaissaient » alarma la population qui ne chercha plus à travailler au château.

Élisabeth BáthoryEn 1609, Elisabeth a commencé à inviter des dames de compagnie dans la petite noblesse de la région. Leurs familles s’inquiétèrent de ne pas les revoir et demandèrent une enquête. Elle fut conduite par un cousin d’Elisabeth en 1610. L’enquête révéla des actes vraiment cruels (mais pas forcément lié au sang). On estime le nombre de ces victimes entre 34 et 600. Si ces serviteurs qui l’avaient aidée furent jugés et condamnés à mort par diverse tortures. Elisabeth n’a pas de procès mais fut condamnée à vivre recluses dans une suite de son château possiblement emmurée. Elle mourut 4 ans plus tard.
Il est difficile de connaître la vérité et le nombre de victimes exactes. Les témoins qui ont racontés les actes d’Elisabeth ont été torturés pour obtenir leur confession. Il est alors possible qu’ils aient exagéré les faits voir même les aient inventé. Sans véritable procès, Elisabeth n’a jamais pu se défendre contre ces accusations. Certains historiens pensent qu’il est même possible qu’elle ait été accusée de ces meurtres soit pour cacher d’autres accusations plus infamante (trahison).
De nombreuses légendes entourèrent la comtesse dans les siècles qui suivirent. La légende des bains de sang de vierges est apparue au XVIIIe siècle pour expliquer sa cruauté sous couvert de vanité (recherche de la jeunesse éternelle).

Éléonore-Amélie de Lobkowicz (1682-1741)

Cette princesse autrichienne n’a pas de crimes sanglants à son actif mais elle aurait peut-être inspiré Bran Stocker dans une introduction non-publiée de Dracula. En tout c’est ce qu’avance un documentaire, selon cette hypothèse Éléonore aurait été soupçonné de vampirisme. Il est vrai qu’il existe des faits troublant l’entourant. Un de ces rares portraits a été rapiécé et repeint au niveau de son visage. Elle ait souffert de nombreuses années à la fin de sa vie de coliques très douloureuses. Elle prend de nombreux remèdes sans succès. Elle est transférée à Vienne mais les médecins viennois ne savent pas plus quoi faire. Elle finit par mourir à Vienne.

Schwarzenberg Eleonora JosefUne autopsie est alors réalisé ce qui est très inhabituel pour une personne de son rang. Les médecins trouvent alors la raison à sa maladie, une tumeur de la taille de la taille d’une tête d’enfant dans le petit bassin gauche. Mais si la tumeur est décrite dans le rapport d’autopsie, ce dernier ne donne pas de raison à la mort bien que les observations permettent actuellement de conclure que la tumeur était cancéreuse. Contrairement aux autres membres de sa famille enterrés à Vienne dans un caveau familiale, sa dépouille retourne dans le bourg de son château et est enterrée de nuit dans une chapelle de l’église.
Les médecins d’alors considérait le vampirisme comme réel et il probable qu’ils voyaient dans le cas de la princesse tous les symptômes lié à l’effet d’un vampire (épuisement, désorientation et être exsangue). L’autopsie a pu être un moyen de pratiquer des rites vampiriques tel que d’enlever le cœur. De plus son cercueil se trouve sous une voute maçonnée en murant la défunte. D’autres cadavres de la même époque présents dans le cimetière voisin présente clairement des traces de rituels vampiriques.
Aucuns documents actuellement découvert ne viennent confirmer cette hypothèse pour la princesse Éléonore. Il existe néanmoins de nombreux cas archéologiques où l’on retrouve des dépouilles présentant des rites vampiriques ayant pour but de les empêcher de sortir de leur cercueil pour hanter les vivants. Mais je reviendrais sur ces découvertes archéologiques dans un prochain article.

Ces différents personnages ont alimentés les mythes populaires du vampire, ils ont également été des sources d’inspiration pour des auteurs. Leur appartenance à la noblesse a marqué les esprits et a également permis un important travaille historique tout au long des siècles alimentant leur légende et leur notoriété.

Pour revenir au film La comtesse de Julie Deply, il est assez intéressant car il est très axé sur les apparences et explique que la vérité n’est pas forcement ce qui est donné à voir. Le narrateur se pose la question d’une conspiration à l’encontre d’Elisabeth et le film montre son influence financière et en particulier l’emprunt important du roi hongrois qu’il ne pouvait rembourser. Par contre, le film présente les meurtres d’Elisabeth comme uniquement lié à une soif de sang pour garder une apparente jeunesse, ce qui relève plus de la légende que ce qui est dit des tortures dans les sources historiques. Le film reste ainsi toujours entre recherche de la vérité (historique) et légende. D’ailleurs les meurtres en eux même ne sont pas montrés ce qui fait que le film n’est pas gore malgré son sujet. Le film laisse ainsi le doute sur les potentiels meurtriers.

Enfin, au détour d’un dialogue, le comte Vizakna explique les croyances autour de sa famille – des démons vivant la nuit et se nourrissant de nouveau-nés par une maladie de certains membres les empêchant d’exposer leur peau au soleil. Il parle ainsi de certaines maladies pouvant expliquer les symptômes liés au vampirisme et c’est ce que nous verrons dans le prochain article de cette série.

Pour aller plus loin :
Vampires, au-delà du mythe par Marjolaine Boutet, 2011 Ed. Ellipses
Porphyries : maladies des vampires ? Mémoire bibliographique de Patricia Tozzi, 2010.
La princesse vampire, documentaire sur le site d’Arte

Note perso

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La note des lecteurs :
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La comtesse (The Countess), 2010
Réalisé par Julie Deply
Avec Julie Delpy, Anamaria Marinca, Daniel Brühl…
Nationalité Français , allemand , américain
Durée 1h34

La bande annonce en VOSTF (le film a été tourné en anglais)

3 thoughts on “La Comtesse : les nobles inspirations des vampires

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