29 mai 2015 Ln Arnal 0Comment
Cet article est le 4 e de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science
Temps de lecture estimé : 5 minutes

Maitre de l’horreur, Guillermo del Toro s’est attaqué au mythe du vampire à travers de sa trilogie de livre La lignée qu’il a adapté lui-même en série pour la chaine américaine FX (visible en France sur la chaine Canal+ série). Comme Stoker, il a voulu écrire un roman horrifique dans son temps et réaliste. On suit ainsi un docteur du CDC qui commence par enquêter sur une maladie étrange qui a décimé presqu’un avion entier. Bref rien de tel pour continuer notre série sur le vampirisme et la science. Et cette fois-ci on s’intéressera à la tuberculose.

Tuberculose et vampires

Contrairement aux porphyries et à la rage, le lien entre tuberculose et le mythe du vampire n’est pas un lien fait a posteriori mais au XIXe siècle. La forme pulmonaire de la tuberculose est perçue au XIXe siècle comme un mal romantique et touche de nombreux artistes mais également de nombreux personnages dont le plus célèbre est La Dame aux Camélias. Les auteurs décrivent fortement les crachats de sang qui sont maintenant totalement rentré dans l’imaginaire autour de cette maladie. Cette vision de la maladie et des malades a dû en partie influencer les auteurs gothiques du XIXe siècle qui ont fixé le mythe du vampire tel que nous le connaissons maintenant.

Au-delà de côté romanesque du mythe, quelques cas de vampirisme décrit au XIXe aux Etats-Unis sont maintenant relier à la tuberculose. C’est le cas par exemple de Mercy Brown qui meure de la tuberculose en 1892 à Exeter (Rhode Island) à 19 ans comme sa mère et sa sœur aînée peu de temps avant elle. Deux mois après sa mort, son frère tombe malade. Le père, se demandant si ce n’était pas dû à un vampire, fait exhumer les corps. Le corps de la mère et de la sœur aînée s’était normalement décomposé mais le corps de Mercy a été bien conservé par le sol presque gelé. Du coup Mercy fut accusé d’être le vampire. Son cœur fut arraché, son corps brûlé et on donna à boire à son frère une mixture préparer à partir de ses cendres et de son cœur pour le protéger. Cela ne servit à rien et il mourût quelques semaines plus tard. A Jewett City dans le Connecticut, des tombes présentant des corps ayant subi des rites contre les vampires présentaient des lésions tuberculeuses sur les os, preuve que les accusés de vampirisme étaient des tuberculeux.

La maladie

La tuberculose est causé principalement par le bacille Mycobacterium tuberculosis (ou bacille de Koch du nom de son découvreur) ou par d’autres Mycobacterium. La tuberculose touche le plus souvent les poumons mais peut également toucher d’autres organes (os, rein, intestins …) dans 15% à 20% des cas. La transmission se fait par l’air avec l’expulsion de bacilles par le malade. On considère qu’environ 10% des personnes infectés par le bacille développera la maladie (parfois des années plus tard). De façon générale, un bon état de santé limite sensiblement le développement de la maladie. On estime qu’un tiers de la population mondiale est porteuse du bacille. Seules les personnes présentant une forme pulmonaire de la maladie sont contagieuses. Les symptômes sont une fièvre légère, une toux persistante et des expectorations (crachats) de couleur inhabituelle ou sanguinolentes, une perte d’appétit et de poids, des sueurs nocturnes, des douleurs dans la poitrine à la respiration ou pendant la toux et des douleurs à la colonne vertébrale ou aux articulations.

La tuberculose est une maladie qui touche l’humanité depuis ses débuts. Elle est décrite dès l’Antiquité. Son origine microbienne et son mode de transmission sont découverts à la fin du XIXe siècle. Puis la radiographie pulmonaire et la tuberculine de Koch permettent le diagnostic. Dans un premier temps les soins se faisaient dans les sanatoriums qui permettaient à la fois d’isoler les malades (et ainsi limiter la contagion) et de donner un meilleur cadre de vie aux malades (grand air, meilleure alimentation). Maintenant, la tuberculose est traitée par un cocktail d’antibiotique sur une période de 6 mois pour une personne non-immunodéficiente.

Les défis sanitaires d’aujourd’hui

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Répartition des cas de tuberculose dans le monde en 2006 (« Tuberculose » par PercherieInstitut de veille sanitaire. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.)

Si dans les pays occidentaux, la tuberculose a très largement reculé grâce à l’amélioration des conditions de vie et la vaccination, elle est la deuxième maladie la plus meurtrière due à un agent infectieux unique après le sida. Elle a tuée 1,5 million de personnes et 9 millions de personnes l’ont développée en 2013. 22 pays totalisent à eux seuls 80% des cas mondiaux. La tuberculose est une maladie fortement liée à la pauvreté. De meilleures conditions de vie, une action renforcée des services de santé permettent de limiter les cas. Ainsi la Chine a réussi à diminué de 30% le nombre de cas en 2003 grâce à une action ciblé permettant le dépistage et le traitement correcte de la maladie.

Deux nouvelles problématiques se développent autour de la tuberculose. En effet la co-inffection par le VIH et le bacille de Koch augmente le risque de développer la tuberculose. Le premier en diminuant le système immunitaire empêche le corps de contrer la prolifération du bacille. La tuberculose est une cause majeure de mortalité chez les séropositifs et est responsable d’environ 13% des décès des séropositifs dans le monde. De manière générale, toutes les personnes immunodéprimées ont un risque plus grand de développer la maladie. La deuxième nouvelle problématique est l’apparition de formes résistantes aux antibiotiques utilisés pour soigner la tuberculose. La résistance est due à de mauvais traitement contre la tuberculose (traitement trop court ou de mauvaise qualité). Il est alors nécessaire de traiter le patient avec d’autres antibiotiques. Des cas de super-résistance sont également apparus diminuant drastiquement les antibiotiques efficaces pour traiter ces cas. En 2013, 480 000 cas de tuberculose multirésistante (dont 9% d’ultrarésistante) ont été recensés dans le monde. Plus de la moitié était en Inde, en Chine et en Russie.

Dans The Strain, les survivants du vol présentent quelques symptômes pouvant rappeler la tuberculose. On voit l’une d’entre eux perdre un peu de sang en buvant et ils ont tous les yeux injectés de sang, ce qui s’observe parfois dans les derniers stades de la maladie. Mais là où The Strain fonctionne bien est dans son retour à l’origine du vampire de fiction et de son côté horrifique. Guillermo del Toro a compris qu’une de nos plus grandes peurs modernes est l’épidémie non-contrôlée d’une maladie mortelle émergente. Il suffit de se souvenir du SRAS, de la grippe porcine ou de la dernière épidémie du virus Ébola. Cette peur des épidémies n’est pas nouvelle et elle est au fondement du mythe du vampire, cette personne qui emporte avec elle ceux qui l’ont côtoyée. Malheureusement, en dehors de ça, la narration de The Strain est très conventionnelle et stéréotypée. Du coup si la série est efficace et rempli son objectif de faire peur, elle n’est pas très originale dans le déroulé de sa première saison qui ressemble à un film d’invasion de zombie. Les éléments donnant des pistes pour la deuxième saison sont néanmoins prometteurs. A voir ce que ça va donner.

Pour aller plus loin :
Les fiches sur la maladie par l’OMS, l’Inserm et L’institut Pasteur
Le dossier de Radio Canada sur la tuberculose

Note perso :

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La note des lecteurs :
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The Strain, 2014 (en production)
Créée par Guillermo del Toro, Chuck Hogan
Avec Corey Stoll, David Bradley, Mia Maestro …
Nationalité Américaine (FX)
Format 42 minutes

La bande annonce en VO (non sous-titré):

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