2 avril 2016 Ln Arnal 1Comment
Cet article est le 13 e de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Diffusée en fin d’année dernière sur France 4 et bientôt en DVD, la série iZombie suit la jeune Liv Moore. Sa vie bascule à la suite d’une fête qui tourne au drame. En effet, elle revient à elle avec une terrible envie de manger des cerveaux et n’a presque plus de pouls et une température corporelle assez basse. Elle comprend qu’elle devenue une zombie. Elle change d’emploi et devient légiste pour la police de Seattle. Elle découvre rapidement que sa consommation de cerveau (qu’elle trouve à la morgue) lui apporte les souvenirs des défunts. Grâce à cela, elle aide le détective Clive Babinaux à résoudre les meurtres. Elle est également le sujet d’étude de son supérieur le Dr Ravi Chakrabarti qui est fan de zombies.

Les zombies de la pop-culture sont un mélange des croyances vaudou d’Haïti et des croyances des morts-vivants européen (dont certaines ont donné naissance au mythe actuel du vampire). La non-mort de morts est une peur ancestrale et que l’on retrouve dans plusieurs civilisations. Ainsi lors du premier épisode, Liv se « réveille » après la fête dans un sac mortuaire. Elle en sort surprise d’avoir été considérée comme morte. Mais comment sait-on qu’une personne est morte ?

iZombie
Mais je ne suis pas morte, moi ! © Cate Cameron/The CW

La définition de la mort est l’état irréversible d’un organisme biologique ayant cessé de vivre. Dis comme ça, de un ça semble évident et de deux être une bonne définition. Mais encore une fois, la notion de mort semble simple à définir mais finalement sa définition peut se révéler complexe. L’élément principal de cette définition qui pose problème est l’état irréversible. A partir de quel moment cet état devient irréversible ? Pour diverses raisons, ce moment de bascule est important dans nos sociétés humaines, d’un point de vue médical mais aussi juridique et scientifique. D’un point de vue médical, il permet d’établir à quel moment arrêter les soins devenus inutiles mais également à essayer de repousser ce moment. Il peut également être important, pour des raisons épidémiologiques, de séparer les morts et les vivants rapidement. Le passage d’un individu vivant à mort est également important juridiquement puisque il change les droits et devoirs qui s’appliquent à l’individu et/ou à son corps. Enfin, comme tout sujet d’étude scientifique, ce point de bascule est important pour bien définir les différents champs d’étude.

Depuis longtemps, les humains ont observé des signes qui indiquent la mort

  • l’arrêt de la respiration
  • l’arrêt du cœur et de la circulation du sang (plus de pouls ni de tension artérielle)
  • absence totale de conscience et de sensibilité
  • absence de réflexe
  • perte du tonus musculaire
  • pallor mortis, une pâleur qui apparaît entre 15 minutes et 2 heures après la mort
  • algor mortis diminution de la température corporelle
  • rigidité cadavérique, une rigidité des muscles
  • lividité cadavérique, coloration lié au mouvement des fluides du corps sous l’effet de la gravité
  • déshydratation cadavérique, perte des fluides du corps
  • décomposition, putréfaction, momification, squelettisation selon les conditions externes au corps

La plupart de ces signes proviennent directement de l’arrêt de la respiration et de la circulation sanguine (par l’arrêt du cœur). En effet, ces arrêts stoppent l’approvisionnement des cellules des éléments nécessaires à leur fonctionnement, entrainant ainsi la fin de leur activité et ainsi leur mort. Sans énergie, les muscles se relâchent, les vaisseaux se dilatent et le sang quitte les extrémités. Sans énergie, le corps ne peut pas se réguler et ne peut pas garder sa température interne et va peu à peu se rapprocher de la température externe, le plus généralement ce sera une diminution de la température. Sans circulation sanguine, le sang n’est plus en mouvement et donc subit totalement la gravité et se concentre dans zones le plus basse du corps selon la position du corps. En contrant l’arrêt cardio-respiratoire, il est possible d’empêcher plus ou moins temporairement ces signes et donc la mort. C’est sur cette idée que ce sont développés au fil du temps les techniques de réanimation tant manuelle (massage cardiaque, bouche à bouche) que mécaniques (respirateurs artificielle, stimulateur cardiaque, défibrillateurs…). Dans les volontés de repousser les limite de la mort, les médecins ont aussi tenté de réanimé des personnes jusqu’alors perçue comme morte, comme dans les cas d’hypothermies importante, avec plus ou moins de succès.

L’arrêt cardiaque et respiratoire est depuis longtemps la première chose que l’on teste pour savoir si une personne est morte. Le problème est de mesurer cet arrêt. Le rythme cardiaque et la respiration peuvent être très faibles et difficile à détecter. Il est assez difficile de trouver un pouls un peu faible sans outils adaptés, de même pour la respiration. Il peut alors être complexe de différencier un état d’inconscience et la mort. Des états de coma profond peuvent être confondus avec un état de mort sans un examen profond. Un coma est une perte de conscience qui n’est pas réversible par les stimulations. Dans le coma le plus légers (ou de stade 1), la personne réagit à la douleur (comme par exemple un pincement), parfois la communication est possible via des grognements. Dans les cas de coma de stade 2, la personne réagit encore légèrement à la douleur mais la communication n’est plus possible. Dans le stade 3, la personne ne réagit plus du tout à la douleur. Il est alors possible que la personne ait des arrêts respiratoires et cardiaques. Tous ces états sont réversible est la personne peut reprendre conscience de façon lente et graduelle. Pour éviter toute méprise, un temps de latence est observé entre le moment où une personne est déclarée morte et les rites funéraires (embaument, enterrement, crémation). Par exemple, un corps doit rester 2 heures dans le service hospitalier où la personne était hospitalisée. L’enterrement ou la crémation ne peuvent pas avoir lieu moins de 24 heures après la déclaration de décès. Le passage du corps entre différentes mains permet également de se rendre compte d’une potentielle erreur.

Encore une fois, c’est l’observation des comas qui a permis d’établir une nouvelle définition à la fin des années 1960. En effet, le coma de stade 4 ou de coma dépassé est l’absence totale d’activité cérébrale de la personne. Les fonctions physiologiques peuvent être maintenant par des appareils de réanimations. Si le corps continue à être nourri et soigné, le fonctionnement physiologique du corps continuera sans dégradation des organes. Néanmoins sans activités cérébrales, la respiration et la circulation sanguine ne peuvent être maintenu qu’artificiellement et la reprise de conscience est impossible. Les médecins et les législateurs ont alors convenu que l’humain et son identité était plus lié à son cerveau (et à son fonctionnement) qu’à son cœur. L’absence d’activité cérébrale devient alors le signe de la mort dite cérébrale ou encéphalique. Encore une fois pour éviter une déclaration erronée, cet état ne peut être déclaré que par l’observation par deux médecins. En France, il doit avoir 30 minutes d’électroencéphalogramme plat à 6 heures d’intervalles par deux médecins différents. Cela évite toute ambigüité dû à un arrêt temporaire de l’activité cérébrale qui peut intervenir lors d’anesthésie profonde ou d’arrêt cardio-respiratoire. Cette définition permet le prélèvement d’organes pour un don alors que le cœur bat encore et donc un don d’un organe dans le meilleur état possible (sans nécrose dû à la privation d’énergie). Ce type de don est interdit dans certains pays pour lesquels la mort est déclarée qu’après l’arrêt du cœur.

Liv, tu me laisse t'étudier? © The CW
Liv, tu me laisse t’étudier? © The CW

Pour revenir à la série, il s’agit d’une série policière qui peu à peu construit une importante mythologie. La variété des personnalités prise par Liv selon le cerveau qu’elle a mangé donne un ton léger ainsi que les interactions entre les proches de Liv s’opposent aux enquêtes des épisodes mais aussi celle de Liv autour des autres zombies de la ville. Malgré les tentatives de Liv de séparer les différentes parties de sa vie (personnelle, professionnelle, zombie), ces dernières ont tendances à se croiser sans cesse. Le résultat est une série relativement réaliste (les zombies mis à part) et équilibré (ni trop sombre ni trop légère) ce qui est agréable à voir. Attention, les scènes où Liv se prépare les cerveaux (une recette différente à chaque épisode) à tendance à donner fin.

Le mois prochain, nous nous intéresserons, comme Ravi, à ce que peut nous apprendre les épidémies de zombies.

Pas tout compris ? Tu as des remarques ? Une erreur s’est glissée dans le texte ? N’hésite pas à laisser un commentaire, j’y répondrais avec plaisir.

Pour aller plus loin :

Le dossier de Podcastscience sur la mort (et ses définitions)
Le dossier pearltree sur la mort qui est régulièrement complété
la video de Lex tutor autour du droit sur les personnes mortes

Note perso :


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La note des lecteurs :
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iZombie, 2015 (en production)
Créée par Rob Thomas, Diane Ruggiero
Avec Rose McIver, Malcolm Goodwin, Rahul Kohli…
Nationalité Américaine (CW)
Format 42 minutes

La bande annonce par France 4 (avec un avant-goût du prochain article sur les zombies à la fin) :

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One thought on “iZombie : suis-je bien morte ?

  1. J’ai adoré cet article (je dirais bien que je l’ai dévoré mais je suis une petite nature et ça me rend déjà un peu nauséeuse de penser qu’on mange des cerveaux, pouah !). C’est très intéressant de mêler science et fiction comme ça, je vais parcourir de plus près ce blog.

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