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Frankenstein : la greffe prend-elle ?

Cet article est le 11 de 15 dans la série Les vampires (et autres monstres) à la lumière de la Science

Le mythe de Frankenstein est à la mode en ce moment, mercredi 25 novembre est sorti Docteur Frankenstein, le livre a également été adapter en web-série l’an dernier via l’excellent Frankenstein M.D. (que je vous invite à découvrir) mais également en série TV avec The Frankenstein Chronicles série anglaise qui vient de commencer et la série Second Chance, série américaine à venir dont le premier nom était The Frankenstein Code. Au-delà de ces nouveautés, nous allons nous intéresser à un film un peu plus ancien qui a façonné ma vision de l’œuvre (que je n’ai pas encore lue, honte à moi). Il s’agit du film Frankenstein de 1994. Un des éléments clé de l’histoire est bien entendu le monstre créé par le docteur Frankenstein à partir de morceaux de cadavres assemblés. Il n’y a donc pas meilleure œuvre pour parler des greffes.

 

Qu’est qu’une greffe et que greffe-t-on ?

Pour plus de simplicité, nous ne ferons pas de différence entre greffe et transplantation dans cet article.

La greffe est le remplacement d’un organe ou d’un tissu par un organe ou un tissu sain appelé « greffon » venant d’un donneur. La greffe est réalisée soit dans le but de sauver la vie de la personne greffée soit pour lui éviter des traitements lourds soit, dans les greffes développés plus récemment, de lui permettre une meilleure vie (greffe de visage, de mains ou d’utérus). La greffe la plus fréquente est la greffe du rein (qui évite des dialyses à vie). On greffe également des foies, des cœurs, des poumons, des blocs cœur/poumon, des pancréas et plus rarement des intestins. Parmi les tissus greffés, on retrouve la cornée, les os, les valves cardiaques ou les vaisseaux sanguins, de la moelle osseuse. Enfin la transfusion sanguine n’est pas considérée comme une greffe puisqu’il n’y a pas les mêmes problèmes immunologiques et qu’elle vise à aider la.e patient.e.s à passer un cap puis sera progressivement remplacé par le sang nouvellement produit par la personne.

Le docteur Frankenstein au travail © D.R.
Le docteur Frankenstein au travail © D.R.

Selon la provenance du greffon, on distingue plusieurs types de greffes. Si la.e greffé.e est la.e donneur.se, on parle d’autogreffe. Ce type de greffe ne pose aucun problème immunologique. Il s’agit le plus souvent de greffe d’os, de peau ou de cellules souches. Un cas se rapprochant de l’autogreffe est l’isogreffe. La.e donneur.se est alors la.e jummeau.lle homozygote (ou clone) de la personne receveuse. La greffe la plus courante est l’allogreffe, la.e greffé.e et la.e donneur.se sont de la même espèce (le plus souvent des humains). Enfin la.e greffé.e et la.e donneur.se sont d’espèces différentes. Cette dernière possibilité est encore qu’expérimentales et soulève de nombreuses questions. Les organes venant alors d’animaux transgéniques pour être le plus proche d’organes humains. Une transmission de maladie inter-espèce est possible et d’importants problèmes immunitaires limitent cette technique. Elle est en concurrence directe avec les recherches sur des organes mécaniques artificiels et les cellules souches.

Rejets et compatibilité

Si les exemples d’autogreffe sont très anciens, il a fallu attendre très longtemps pour réaliser des allogreffes et comprendre pourquoi tant d’essais n’avaient pas fonctionner. Ainsi dès -800 av JC, le chirurgien Indien Sushruta parle d’auto transplantation de peau sur le nez amputé de criminels. En Europe, il faut attendre le XVIe siècle et Tagliacozzi qui perfectionne l’autogreffe de peau pour réparer le nez (la méthode italienne). Cette procédure a surement été inspirée par les écrits de Sushruta qui avaient été traduit par les savants arabes. Elle était encore utilisée pendant et après la Première Guerre Mondiale pour soigner les Gueules cassés (elle est visible dans la série The Knick). Tagliacozzi a également essayé des allogreffes mais sans succès et décrit le phénomène de rejet. Au XVIIIe siècle, il a une multiplication des essais de greffes chez les animaux mais il faudra attendre 1902 pour voir la première greffe de rein chez un chien.

Cette découverte va pousser les médecins a retenté la greffe chez l’humain mais les personnes greffés mouraient inévitablement. Cela permet de mieux mettre en évidence le phénomène de rejet. Il faudra attendre les années 1950 pour que l’hypothèse d’une base immunologique au rejet voie le jour. En effet, chez la plupart des vertébrés, il existe un système de reconnaissance de l’appartenance de cellule à l’organisme. Il s’agit du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH). Il s’agit de peptides présents dans la membrane cellulaire qui sont reconnus par les cellules immunitaires. Si une cellule n’est pas reconnue comme appartenant au corps, elle sera détruite. Ce système étant composé de nombreux gènes relativement variable, il est quasiment impossible que deux personnes (mis à part les jumeaux monozygotes) aient la même signature immunitaire.

De ce fait, le donneur doit avoir une certaine compatibilité immunologique avec le receveur. Ils doivent être impérativement du même groupe sanguin mais une similarité dans le CMH diminue d’autant les risques de rejet (réaction immunitaire envers le greffon qui peut aller jusqu’à la destruction de ce dernier). Pour contourner ce rejet obligatoire, dans un premier temps, les organes greffés étaient irradiés puis des médicaments anti-rejets sont apparus. Ils ne permettent pas empêcher complétement les rejets et les greffé.e.s présentent souvent des crises de rejets qui sont ainsi prises en charge très top, augmentant considérablement la survie de ces personnes. Mais cette médication qui affaiblie le système immunitaire augmente les risque d’infections et de cancers à moyen et long terme.

Éthique

Selon le type de greffe, la.e donneur.se peut-être vivant.e ou mort.e. De toute manière, des questions éthiques sont soulevées par la greffe. La première question est celle du consentement de la.e donneur.se. Si la personne est vivante, la demande de consentement est simple, bien qu’il fasse s’assurer qu’elle comprend ce qu’elle accepte et les risques encourus. Dans le cas d’une personne décédée, il faut savoir si elle était favorable à ce don. En France, la loi prévoit un consentement présumé. Cela veut dire que la personne décédée est considérée comme donneuse à moins qu’elle n’ait fait part de son refus en s’inscrivant sur le registre national des refus. Si la personne n’est pas inscrite sur ce registre, alors c’est à ses proches de donner son souhait.

Dans le cas d’un.e donneur.se décédé.e, il est important de savoir si la personne est bien morte. En même temps, le prélèvement des organes doit se faire rapidement pour que ceux-ci soient dans le meilleur état possible. Actuellement, la mort, en médecine, est l’absence d’activité de l’encéphale (cerveau, cervelet et tronc cérébral). Elle est déclarée après l’observation de l’absence totale de conscience et de mouvements, la disparition totale des réflexes du tronc cérébral et l’absence de respiration spontanée. Si la personne décédée est dans un état qui permet le don d’organe, elle est alors gardée dans un état permettant la conservation de ses organes (respiration et circulation artificielle). En France, ce type de décès doit avoir lieu en milieu hospitalier pour que le don d’organes soit envisagé et il s’agit uniquement de 1% de décès à l’hôpital. Un autre type de décès peut donner lieu à des dons de rein et/ou de foie, il s’agit de l’arrêt circulatoire soit suite à un arrêt cardiaque inopiné soit suite à l’arrêt (ou la limitation) des soins. Ces types de dons sont très encadrés pour s’assurer de la mort de la personne, l’arrêt cardiaque devant être considéré comme irréversible avant de mettre en place les procédures pour conserver les organes.

Dans le cas de don par une personne vivante (essentiellement le rein), la question de rétribuer la.e donneur.se peut intervenir. Le libre consentement peut alors être mis en doute puisque la personne peut être poussée à accepter de donner pour recevoir une somme d’argent. En France, la rétribution du don est strictement interdite, le don devant être gratuit. Pour cela, les dons de reins ne sont possibles qu’entre membre de la famille ou de la part d’un ami proche. Si la.e potentiel.le donneur.se n’est pas compatible avec sa.on proche alors un don croisé est possible. Ce don repose sur deux binômes donneur.se/receveur.se. La.e receveur.se du premier binôme reçoit un rein provenant du.e la donneur.se du second binôme et inversement. Ce don doit respecter l’anonymat, règle du don en France, et les deux binômes ne se connaissent pas.

Je n’ai parlé ici que des réglementations françaises autour du don d’organe. Ces réglementations varient grandement d’un pays à l’autre, je vous invite donc à vous renseigner auprès des organismes de régulation de la santé de votre pays.

 

Pour en revenir au film, il se veut une adaptation fidèle de l’œuvre de Mary Shelley. Dans ce sens, elle introduit le film en donnant son intention et en replaçant l’œuvre dans son époque de révolution scientifique et sociale. Une deuxième mise en abîme est mise par le récit de Dr Frankenstein à un explorateur polaire. Et si le récit se veut réaliste, il se rapproche du conte moraliste. De plus le film reste très classique dans sa mise en scène. Le film s’efface pour laisser sa place à l’histoire et au questionnement qu’elle soulève (jusqu’où aller dans ses recherches). Enfin ce film est à rapprocher du film Dracula par Francis Ford Coppola

 

Pour aller plus loin :

Le site français sur le don d’organe de l’Agence de biomédecine
Le dossier sur les greffes par le site d’Allo Docteur (attention images d’opération)
Le dossier sur les transplantations de l’Inserm

 

Note perso


La note des lecteurs :
Pas encore de notation

 

Frankenstein (Mary Shelley’s Frankenstein), 1994
Réalisé par Kenneth Branagh
Avec Robert De Niro, Kenneth Branagh, Tom Hulce …
Nationalité américaine
Durée 2h08

La bande annonce en VO

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